Réflexion sur l'évangile dominical par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada. Nous publions sa réflexion une semaine à l'avance pour aider ceux qui se préparent à témoigner sur cet évangile.
Jn 1, 29-34
Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit: «Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde; c'est de lui que j’ai dit: Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. Je ne le connaissais pas; mais, si je suis venu baptiser dans l'eau, c’est pour qu’il soit manifesté au peuple d'Israël.»
Alors Jean rendit ce témoignage: «J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m'a dit: "L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint." Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage: c’est lui le Fils de Dieu.»

Permettez-moi de commencer ma réflexion d’aujourd’hui avec ce fait réel tiré de la revue Chanteclerc, septembre octobre 1994 :
Un professeur de l’Université John Hopkins chargea un groupe d’étudiants d’aller visiter une zone des taudis d’une grande ville américaine. Il leur dit : « Prenez deux cents garçons, entre douze et seize ans, faites des recherches au sujet de leur milieu et prédisez ensuite quelles sont leurs chances pour l’avenir ». Après avoir consulté des statistiques sociales, après avoir parlé aux garçons et réuni autant de données qu’ils le purent, les étudiants conclurent que 90 % de ces garçons passeraient un certain temps dans un pénitencier.
Vingt-cinq ans plus tard, un autre groupe d’étudiants fut
chargé de vérifier cette prédiction. Ils retournèrent dans la
zone des taudis et trouvèrent 180 des 200 garçons. Il
apparut que quatre d’entre eux seulement avaient fait de la
prison. Comment se fait-il que ces garçons qui avaient vécu
dans un endroit propice au crime soient parvenus à maturité
avec si peu d’antécédents judiciaires? Chacun des garçons
questionnés fournit la même réponse : « Hé, bien! Il y avait
cette institutrice… »
Poussant leurs recherches, ils trouvèrent que 75 % des cas faisaient mention de la même femme. Les étudiants firent des recherches et trouvèrent cette institutrice dans une maison de repos pour les enseignants à la retraite.
Après les présentations vinrent les interrogations : « Comment avait-elle exercé une influence aussi remarquable sur les enfants des taudis? Pouvait-elle donner une raison pour laquelle ces garçons s’étaient souvenus d’elle? »
« Non », dit-elle. Non, elle ne voyait vraiment pas. Puis revenant en arrière sur les années passées, elle dit d’un ton rêveur, plus pour elle-même que pour ses interrogateurs : « J’aimais ces garçons ».
Quatre fois dans le court texte de l’évangile qu’on a lu tantôt, il est mention du verbe « Voir » : voir Dieu, voir l’Esprit-Saint, voir l’œuvre de Dieu. Comment permettre aux gens autour de nous de voir Dieu? Comment montrer Dieu aux autres? Pour moi, il n’y a qu’une manière de montrer Dieu, c’est celle du professeur dans le fait rapporté : agir par amour.
Il y a des gens qu’on rencontre et juste leurs comportements nous disent Dieu : ces gens vivent au milieu de nous, comme chacun de nous, mais on ressent chez eux un idéal élevé. Que Dieu nous guérisse d’être du trop bon monde à qui on ne peut rien reprocher, mais du monde sans saveur, sans odeur qu’on ne sent pas habité par Dieu. Que Dieu nous donne des yeux pour le voir, des oreilles pour l’entendre dans le cri des gens qui souffrent autour de nous. Qu’il nous donne aussi une bouche pour parler au nom des ces gens mal pris que personne n’écoute, car ils n’ont plus de crédibilité pour dire leur désarroi et leur mal à l’âme.
Faisons en sorte dans les prochains jours que ceux qui nous connaissent et ne connaissent pas Dieu en viennent à connaître Dieu parce qu’ils nous connaissent.
Source des images: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.