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Réflexion chrétienne sur l'Évangile de dimanche prochain

Réflexion sur l'évangile dominical par le Père Yvon-Michel Allard, s.v.d., directeur du Centre biblique des Missionnaires du Verbe Divin, Granby, QC, Canada. Nous publions sa réflexion une semaine à l'avance pour aider ceux qui se préparent à témoigner sur cet évangile.


D’où vient ma foi?





Lc 12, 49-57

Jésus disait à ses disciples: «Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé! Je dois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli! 

«Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées: trois contre deux et deux contre trois; ils se diviseront: le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle‑mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère

 

20e dimanche ordinaire - C

photo du Père Allard


"Je ne suis pas venu mettre la paix,
mais la division"

 

Nous voici bien loin du *bon Jésus* des images pieuses d’autrefois. Ici, c'est le Jésus cause de scandale, «pierre d'achoppement» (Rm 9, 33) le Jésus qui provoque, qui invite à faire des choix : « Heureux celui pour qui je ne serai pas cause de scandale » (Lc 7, 23). Je ne suis pas venu apporter la paix, mais la division, la dissension et la guerre. 

C’est un texte étrange. Étrange pour nous qui sommes habitués à nous représenter Jésus entouré d’une auréole de douceur et de bonté qui frôle la mièvrerie. 

En fait, c'est bien la paix que Jésus apporte, mais pas la paix du monde, pas la paix facile. "C’est ma paix que je vous donne, mais je ne vous la donne pas comme le monde la donne" (Jn 14,27). Il existe des paix trompeuses, des sécurités dangereuses, qui endorment, qui sont construites sur des compromis, qui ne font que masquer les vrais problèmes. Les prophètes, avant Jésus, avaient dénoncé ces fausses paix sans exigence morale et religieuse: «Du plus petit au plus grand, tous sont avides de vols et de rapines; prophètes comme prêtres, tous ils pratiquent le mensonge. Ils pansent à la légère la blessure de mon peuple en disant : «Paix! Paix! Alors qu’il n’y a point de paix. (Jér 6, 13-14) 

carême-privation«Je ne suis pas venu établir la paix mais la division», dit le Christ. Avec son message, il provoque la division en nous-mêmes d’abord, mais aussi à l’intérieur de nos familles, dans notre ambiance de travail, dans notre cercle d’amis, dans nos relations humaines. 

Aujourd'hui, même à l’intérieur de nos familles, nous pouvons remarquer la lucidité prophétique de ces paroles de Jésus: "Mes enfants ont rejeté toute pratique religieuse... ne veulent pas se marier... Ils refusent le baptême de leurs enfants..." Quelle est la famille chrétienne à l'abri de ces conflits, annoncés par Jésus? Nous sommes alors tentés de nous culpabiliser ou d'accuser les autres: c’est la faute de l'Église... c’est la faute des éducateurs... c’est ma faute à moi : si j'avais fait ceci, si j’avais fait cela...  

Si nous croyons que ce problème est nouveau, nous oublions de jeter un coup d’œil sur l’histoire. Déjà Michée, huit cents ans avant Jésus-Christ, avait décrit l'insurrection des enfants contre les parents comme une plaie de son temps : «Le fils insulte le père, la fille se dresse contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère. Chacun a pour ennemi les gens de sa maison» (Michée 7,6). Et nous retrouvons les mêmes plaintes dans la littérature grecque et romaine. 

Jésus a dit à la foule : «Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Luc 14,26). Il ne s’agit pas de renier sa famille, mais d’accorder la priorité à la parole de Dieu… et cela causera toujours des conflits. 

Que de fois nous sommes confrontés à une situation qui nous oblige à choisir entre la fidélité à la parole de Dieu et les directives de la famille, des amis, de notre pays. 

La parole de Dieu nous invite continuellement à remettre en question nos traditions, nos façons de faire, notre vie de tous les jours, car ces traditions et ces façons de faire vont souvent à l’encontre des préceptes de Jésus. 

Je pense aux parents qui essaient d’inculquer à leurs enfants certaines valeurs chrétiennes. Très vite, ils sont accusés de ne pas vivre dans le vrai monde, de refuser de laisser leurs enfants faire comme les autres. 

Et les personnes qui s’appuient sur leur foi, qui continuent à avoir confiance en Dieu, qui participent aux eucharisties du dimanche. Leurs propres enfants les accusent souvent de vivre au Moyen Âge. 

Et ceux qui veulent vivre les valeurs chrétiennes au travail, en politique, sur la place publique, ils sont vite ramenés à l’ordre. «La religion est chose privée. Elle n’a pas sa place dans le domaine public». 

Le Christ n’accepte pas tout, il ne tolère pas tout. Comme le texte d’aujourd’hui nous le montre, il est au contraire très exigeant. S’il avait été aussi tolérant qu’on veut bien le croire, il serait mort de vieillesse. 

La paix véritable ne peut être obtenue facilement. Il y a un prix à payer : «Désormais cinq personnes de la même famille seront divisées: trois contre deux et deux contre trois; ils se diviseront: le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle‑mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère.» 

Il n’est pas facile de vivre les valeurs du christianisme dans un monde où l’argent, la carrière, la liberté individuelle, le «way of life», le patriotisme, la raison du plus fort règnent en maître. Qui aura le courage de vivre selon les règles du Royaume de Dieu et de participer à la construction d’un monde de justice, de paix, de fraternité et de compassion? 

En réfléchissant sur la paix du Christ, reviennent à l’esprit les magnifiques prophéties d'Isaïe, qui nous invitent à la paix, à la justice et à la fraternité : «De leurs épées, ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on ne s'entraînera plus pour la guerre» (Is 2)...  

«Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le boeuf mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte» (Is 11). 

Vivre pour établir cette paix véritable créera toujours des conflits et des divisions. «Je ne suis pas venu mettre la paix mais la division».sssss

Source des images: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.