Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Lc 2,1-14
En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. — Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. — Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’Ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d'une grande crainte, mais l’ange leur dit: «Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple: aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné: vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire.»
Et soudain, il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant: «Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.»


Nous revivons à Noël la plus belle page de notre histoire universelle, car Noël s’offre à nous comme un baume de tendresse qui vient cicatriser toutes les blessures engendrées par la vie. C’est cette aventure amoureuse qui se répète d’année en année.
Et je souhaite profiter de ma prédication pour m’inscrire dans ce beau courant de tendresse en Dieu en vous redisant mon admiration, mon affection et ma joie de vivre au milieu de vous tous. Il est vrai que j’aurais pu prendre le réseau ordinaire de notre système social pour vous dire toues ces belles réalités que je porte dans mon cœur : j’aurais pu vous envoyer à chacun(e) une carte de Noël.
Les jolis dessins, les couleurs vives, les symboles familiers de Noël et les quelques mots imprimés ne m’apparaissaient pas suffisants. Il m’aurait fallu ajouter des notes plus personnelles à l’intention de l’un ou l’autre.
Mais envoyé une carte personnalisée de bons vœux aux 6000 familles qui vivent dans nos treize communautés et à la centaine d’autres qui m’ont écrit ou téléphoné pour me dire leurs amitiés, ça m’apparaissait une entreprise au-delà de mes capacités, surtout que cette semaine, j’ai choisi de donner priorité aux enfants dans les groupes de catéchèses, aux malades retenus à la maison et aux célébrations du pardon (dans chaque communauté).
Je vous souhaite donc la joie, la joie dont nous avons parlé ce mois-ci, la joie que nous avons méditée en priant les textes des messes de l’Avent. Je vous souhaite la joie de cette présence au milieu de nous de Dieu qui prend un corps humain dans nos conditions les plus misérables (nu, faible, pauvre et quasi abandonné dans une étable) pour nous élever à sa condition divine. Je souhaite la joie de cette présence surtout à ceux et celles pour qui ces mots ne sont plus qu’une simple idée vague et abstraite : à ceux qui souffrent, à celles qui sont blessées par des réalités humaines qu’on ne peut pas contrôler, à ceux qui désespèrent de cette vie : je souhaite le miracle de Noël : et pour votre bonne compréhension de ce vœu, permettez-moi brièvement de vous exposer par un fait vécu ce que j’appelle volontiers le Miracle de Noël.
J’emprunte des noms hypothétiques : Myriam et François. Ils formaient un couple uni, heureux et rayonnant par leur joie de vivre et leur dévouement auprès de leur voisinage. François était un animateur né qui avait l’art de raconter des histoires amusantes, qui animait spontanément les soirées récréatives et qui avait toujours un mot agréable à dire à chaque personne.
Mais un jour, il a vécu un AVC, une attaque de paralysie qui l’atteint jusqu’au cerveau. De sorte qu’il perdit tous ses charismes et qu’il lui a fallu réapprendre à parler, à compter, à faire des gestes simples du quotidien. Ces efforts étaient pénibles surtout pour Myriam qui à la longue finit par désespérer et perdre confiance en la médecine, en son mari et en Dieu. Révoltée, à bout de courage, après de multiples efforts sans résultat, elle perdit sa joie. Et pendant que Myriam souffrait avec mauvaise humeur de l’aphasie de François, ce dernier souffrait en silence de l’aphasie émotive et spirituelle de son épouse.
Quelques mois plus tard, en décembre, François avait retrouvé un certain usage de la parole et du geste. Et voilà que les décorations de Noël et les chants viennent spontanément débloquer sa mémoire.
Toute l’atmosphère de Noel qui l’avait toujours fait vivre lui
a fourni la nouvelle impulsion qui retenait son esprit
prisonnier de sa maladie. Redoublant d’effort et
d’enthousiasme, il fit rapidement de nouveaux progrès, de
sorte qu’arrivé à Noël, François était redevenu le François
qu’il avait toujours été et que tous appréciaient.
Ce phénomène fut loin d’échapper à Myriam qui elle aussi retrouva son enthousiasme et son espoir. Ce miracle de Noël, cette joie de Noël je la souhaite à vous tous qui m’entendez. Car Jésus a épousé notre condition humaine non pas pour jouer chez nous une pièce de théâtre. Sa mission ne consistait pas qu’à être une source d’inspiration pour les poètes, les écrivains et les chansonniers. Il est venu nous dire que Noël est une histoire d’amour toujours au présent. Que l’amour de Dieu pour chaque personne que nous sommes se renouvelle par nos mains, nos cœurs et toute notre vie.
Accueillir Jésus, c’est accepter de prendre le temps d’aimer. C’est pourquoi avec Marie et Joseph, redisons à Dieu notre désir de la savoir à l’œuvre dans notre vie, en revivant cette nuit la plus belle page de notre histoire universelle. Noël est le fruit du plus beau « Je t’aime » et puisse ce plus beau « Je t’aime » être celui qui sort de ton cœur.
Joyeux Noël à tous.