Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Matthieu 4, 1-11
Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit: «Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.» Mais Jésus répondit: «Il est écrit: Ce n’est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.»
Alors le démon l’emmène à la ville sainte, à Jérusalem, le place au sommet du Temple et lui dit: «Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et: Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre.» Jésus lui déclara: «Il est encore écrit: Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.»
Le démon l’emmène encore sur une très haute montagne et lui fait voir tous les royaumes du monde avec leur gloire. Il lui dit: «Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer.» Alors, Jésus lui dit: «Arrière, Satan! car il est écrit: C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c’est lui seul que tu adoreras.»
Alors le démon le quitte. Voici que des anges s’approchèrent de lui, et ils le servaient.

Carême, jeûne, privations, sacrifices, tentations : voilà des mots démodés de nos jours où on recherche plutôt la valorisation, l’estime de soi et la satisfaction d’être reconnu. On dirait que l’Église fait exprès pour ne pas être à la mode.
Pourquoi dit-on dans l’Évangile qu’après son baptême,
l’Esprit pousse Jésus au désert?
Qu’est-ce que le désert? Un
lieu ou un temps de combat personnel pour libérer nos
forces intérieures. On ne s’installe pas dans le désert : on y passe… un peu comme le gars qui suit une cure de
désintoxication dans une clinique spécialisée.
Que se passet-il pour le Christ au désert? Il vit les tentations de tout être
humain : la soif de possession, le désir de puissance et la
gloire personnelle (l’orgueil).
La possession la plus subtile contre laquelle il faut résister de toutes nos forces demeure le désir parfois inconscient de
dominer les gens autour de nous. La soif de puissance fait
en sorte que si on ne ressent pas en nous la capacité
d’influencer les autres, on se retrouve avec un complexe
d’infériorité et on se met à écraser les autres.
Ceci m’amène
à penser que nos pires ennemis ne sont pas les autres, mais
plutôt nos démons intérieurs qui ont pour nom : manque de
connaissance, l’intolérance, la soif d’être reconnu, la peur de
l’inconnu.
Un dicton dit : « Plus j’apprends, plus je constate que je ne savais rien. Moins je sais, plus j’ai l’impression de tout connaître ». Maurice Duplessis disait la même chose : « La culture c’est comme la confiture : moins on en a, plus on l’étend sur nos toasts ».
Beaucoup de chrétiens se pensent corrects dans leur
démarche de foi parce qu’ils croient en Dieu, qu’ils ne font
pas de torts aux autres, qu’ils disent un "Notre Père" de
temps en temps. Ils n’ont pas de cadre de soutien spirituel :
une messe par-ci par-là ne suffit pas à nourrir l’âme.
Pour eux, il n’est jamais question de révision de vie, de
dépassement de soi, de s’offrir pour rendre service même si
on est occupé.
Tout est centré sur le « Je-Me-Moi ».
Vivre Dieu comme le propose le temps du carême:
-
c’est s’ouvrir aux autres,
- c’est ne pas succomber aux pièges de la
morosité et du défaitiste,
- c’est accueillir sans juger,
- c’est garder sa bonne humeur,
- c’est vivre son quotidien avec joie sans penser qu’on est une victime des autres qui abusent de
notre bonne volonté.
Ce genre de carême est plus édifiant que de faire des privations qui ne finissent que par nous rendre maussades et bougonneux.
Le jeûne que j’aime, dit le prophète Isaïe,
Source des images: Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.; Jésus-au-désert, sur le site du diocèse de Soissons, Laon et Saint-Quentin