Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Jean 10, 1-10
Psaume 23
Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ;
Il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom.
Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal,
Car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure…
*Jean 10, 1-10
Jésus parlait ainsi aux pharisiens: «Amen, amen, je vous le dis: celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c’est lui le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus.»
Jésus employa cette parabole en s’adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu’il voulait leur dire. C’est pourquoi Jésus reprit la parole: «Amen, amen, je vous le dis: je suis la porte des brebis. Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance.»

Avant le concile de Trente (1536-1563), il arrivait régulièrement que les curés logent à l’évêché et qu’ils ne se rendent dans leurs paroisses que pour le ministère dominical.
Au concile de Trente, on part du principe que « le bon
pasteur connaît chacune de ses brebis et il les appelle
chacune par son nom ». On oblige les curés à résider dans
leurs paroisses. Même plus que ça : on décide qu’une
paroisse ne doit pas dépasser 500 familles ou 3000
personnes, car elle se doit de demeurer un milieu de vie à
taille humaine… ce qui amène la multiplication des
paroisses. À cette époque, il y a beaucoup de prêtres,
religieux, religieuses. Les statistiques révèlent par exemple
au Québec dans les années 1940-1950, un prêtre, religieux,
religieuse pour environ 110 laïcs. L’Église est responsable à
cette époque non seulement des paroisses, mais du monde
scolaire, du monde hospitalier et de l’ensemble des oeuvres
sociales et caritatives.
Puis arrive le concile Vatican II (1961-1965) : on décrète que la paroisse n’est pas que le clergé qui en est responsable, mais l’ensemble de la communauté chrétienne : il faut donner des responsabilités réelles aux laïcs. Cette nouvelle perspective de la pastorale arrive en même temps que la « Révolution tranquille » où le gouvernement décide d’assumer la coordination des oeuvres sociales ainsi que du monde hospitalier et scolaire.
«Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, tu me guides et me rassure»
L’Église perd ses pouvoirs publics. Son influence sociale diminue et les gens délaissent la pratique religieuse dominicale. On crée l’esprit des services pastoraux distincts : service de préparation au baptême, service de préparation au mariage, service d’initiation aux sacrements pour les jeunes, pastorale des malades, pastorale liturgique… On commence à vivre une « religion à la carte », c'est-à-dire qu’on fait appel à un service précis de l’Église pour répondre à un besoin particulier quand on a un besoin spécifique… comme on choisit ce qui nous tente sur la carte des mets offerts quand on va au restaurant. Les valeurs sociales prônées par la société sont le désir d’expérimenter soimême, la recherche de l’épanouissement personnel et la quête d’autonomie. Ce sont des valeurs nobles, mais qui ne construisent pas la communauté.
Tout ceci amène la diminution des vocations consacrées et l’obligation de fusionner les paroisses moins nombreuses en unité paroissiale. Ceci amène aussi l’animation pastorale par des équipes de pastorale où se trouvent des prêtres qui travaillent en complicité avec des laïcs, agent[e] de pastorale.
À travers cette évolution, le bon pasteur (prêtre ou laïc) doit
toujours veiller sur une triple présidence :
- Présidence des célébrations liturgiques
- Présidence de l’enseignement catéchétique
- Présidence de la charité fraternelle
Notre prière en ce dimanche des vocations est une prière de demande afin que Dieu nous envoie le personnel nécessaire pour s’occuper du monde qui s’occupe du monde : que Dieu nous donne des apôtres qui stimulent chaque baptisé à développer leurs talents au service des autres.
Notre prière est aussi une prière de reconnaissance pour le rayonnement et la vitalité de notre Église qui malgré le climat de consommation et de superficialité promu par la société et malgré le climat de suspicion créé par les médias continue d’interpeller les valeurs de l’Évangile vécues dans les petits gestes de chaque jour.
Notre prière est une prière de confiance en ce Dieu qui ne
cesse jamais d’interpeller de nouvelles personnes à son
service en faisant de ces gens des allumeurs d’espérance et
de joie de vivre. Prenons conscience que les gens moroses,
plaignards ou défaitistes ne donnent jamais le goût des défis
à relever… d’ailleurs ce type de personnes est rarement
agréable à fréquenter et ne construit pas la communauté.
C’est notre grandeur d’âme et notre charité pastorale qui
construit la communauté et qui donne le goût de puiser
dans l’Évangile les valeurs nécessaires pour bâtir une
communauté où chacun se sent accueilli, respecté et aimé.
Demandons à Dieu aujourd’hui de faire de chacun de nous ici rassemblés des êtres passionnés du Christ et de l’humanité. L’important n’est pas de réussir tout ce qu’on entreprend, mais de ne jamais perdre de vue le bien-être de chaque personne, ici et ailleurs dans le monde… que nous portions le souci du bonheur profond de chaque personne qui nous rencontrons au quotidien, particulièrement des gens qui ne fréquentent jamais l’Église.