Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Jean 14, 1-12
À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples: «Ne soyez donc pas bouleversés: vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure; sinon, est-ce que je vous aurais dit: Je pars vous préparer une place? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi; et là où je suis, vous y serez aussi. Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin.»
Thomas lui dit: «Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin?» Jésus lui répond: «Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu.»
Philippe lui dit: «Seigneur, montre-nous le Père; cela nous suffit.» Jésus lui répond: «Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire: <Montre-nous le Père>? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi!
«Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même; mais c’est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres oeuvres. Croyez ce que je vous dis: je suis dans le Père, et le Père est en moi; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des oeuvres. Amen, amen, je vous le dis: celui qui croit en moi accomplira les mêmes oeuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père.»

J’ai déjà reçu un couple en vue de leur mariage et un moment donné je leur demande s’ils ont la foi. La fille se met à chercher dans son sac à main puis elle me dit : « On l’a oublié à la maison parce que je ne la trouve pas dans ma bourse, mais je vous promets de la retrouver avant le mariage ». Il est vrai qu’ils étaient nerveux de rencontrer le curé et que je leur avais déjà demandé quelques papiers comme leur certificat de naissance…
Une enquête récente révèle que 95 % des Québécois croient en Dieu qu’ils définissent comme le Créateur et l’Être Suprême. Mais reconnaît-on Dieu comme un Père? Croit-on par obligation parce que nous sommes sans réponses face à diverses réalités qui nous dépassent ou si nous croyons dans un désir de meilleure qualité de vie dans l’espérance du meilleur toujours en train d’advenir dans notre vie? Croit-on que Dieu a pris un corps humain en Jésus-Christ pour vivre le tout de notre réalité quotidienne et nous attirer vers des valeurs plus nourrissantes que le banal du quotidien vécu sans réfléchir? Croit-on que le Christ a eu la grippe comme chacun de nous, qu’il a connu des sautes d’humeur, qui a souffert de sentir incompris, mal aimé… qu’il a pleuré la mort de son ami Lazare. Une petite fille de deux ans demande à sa mère : « Est-ce que Jésus faisait pipi ? » Elle ne voulait pas d’un Jésus sans humanité.
Est-ce que je crois au Christ qui m’aime personnellement. Si je crois en Dieu sans croire au Christ, je ne suis pas chrétien, car même l’Africain dans sa jungle croit à l’Être Suprême et au Créateur qui est à l’origine de ce que nous ne pouvons pas expliquer Jésus nous dit dans l’évangile d’aujourd’hui qu’il est Chemin, Vérité et Vie. Puis il nous enseigne différents chemins qui mènent à Dieu-Père.
Il y a d’abord le chemin de Jéricho – le chemin de la charité et du service des gens mal pris autour de nous. Jéricho est la route où chemin faisant Jésus raconte l’histoire du bon samaritain. [Lc 10, 29-37]
Il y a aussi le chemin vers Jérusalem : chemin des dépassements et du service continuel en fidélité à sa mission. En quittant sa Galilée natale, Jésus sait qu’il sera confronté aux autorités de son temps. Jérusalem est le terrain des autorités religieuses et Jésus y risque la mort par fidélité à sa mission.
Il y a le chemin vers Emmaüs qui est le temps de la relecture des événements pour y saisir l’essentiel de ce que nous avons vécu.
Il y a aussi le chemin vers Damas qui devient pour St-Paul le choc de la réalité : il découvre tout à coup ce qu’il cherchait sans pouvoir le nommer, puis ceci change radicalement l’ensemble de sa vie.
Tous ces chemins bibliques sont possibles au prix de la « vérité ». La vérité consiste à ne pas maquiller par nos illusions la réalité quotidienne. La vérité est un appel à la fidélité dans nos engagements. Vivre dans la vérité, c’est croire en Dieu comme on croit que le soleil existe malgré les jours de pluie. C’est croire que le soleil et la pluie sont tous les deux nécessaires pour engendrer la vie, pour faire pousser la végétation et pour permettre aux arbres de porter du fruit. Puisse-t-il en demeurer ainsi pour chacun(e) de nous.
«Celui qui croit en moi accomplira les mêmes oeuvres que moi»