Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Jean 6, 51-58
*Après avoir nourri la foule avec cinq pains et deux poissons, Jésus disait: «Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel: si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.» Les Juifs discutaient entre eux: «Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?»
Jésus leur dit alors: «Amen, amen, je vous le dis: si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.
«Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi.
«Tel est le pain qui descend du ciel: il n'est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts; celui qui mange ce pain vivra éternellement.»

Un jour, dans le cadre du centenaire d’une paroisse, le curé avait organisé une procession de la Fête-Dieu fort impressionnante. Les mouvements de la région étaient tous présents. On avait trouvé un beau dais en or et l’ostensoir était le plus beau du diocèse. Plusieurs chorales s’étaient fusionnées pour l’événement. Bref, tout frisait l’excellence. Sauf qu’au moment du départ pour la procession, le curé a oublié de mettre l’hostie consacrée dans l’ostensoir et c’est à mi-chemin vers le reposoir qu’un vicaire lui dit : « Monsieur le curé, on a oublié d’apporter le bon Dieu ». Le curé un peu énervé lui répond : « Que voulez-vous, on ne peut pas penser à tout ».
Il m’est arrivé à deux ou trois reprises d’arriver à la communion puis de constater qu’il n’y avait qu’une quinzaine d’hosties consacrées dans le tabernacle pour donner la communion à une centaine de personnes. Quel bel acte d’humilité à faire… surtout une nuit de Noël.
Regardons le contexte dans lequel Jésus livre son discours sur le Pain de Vie dont nous venons d’entendre un extrait : il a nourri cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons, il a marché sur les eaux puis la foule constate ces deux miracles que personne n’a faits ni avant ni après lui et voilà qu’on lui demande un signe qui atteste qu’il est vraiment le Fils de Dieu. Le signe, dit-il, c’est mon corps et mon sang donné pour vous en nourriture. Et Jésus ajoute : « Au lieu de chercher toujours des signes de Dieu… devenez vous-mêmes des signes par votre façon de vivre.
Participer à l’eucharistie, c’est prendre conscience que Jésus est le chemin vers le Père d’abord parce qu’il est le chemin vers l’humain… et, en ce sens, il a une préférence marquée pour le service auprès des pauvres, des malades, de tous ces gens qui ne peuvent rien nous remettre en retour.
Le tabernacle dans nos églises est une réserve d’hosties
consacrées, mais il est surtout une présence amoureuse de
Dieu d’un rayonnement exceptionnel qui attire et qui envoie
en son Nom. Prier devant le Saint-Sacrement, se nourrir de
l’eucharistie, c’est comprendre l’invitation du Christ à aller
pour devenir une nourriture de Dieu au coeur des masses, là
où Dieu demeure un ignoré et un mal aimé si nous ne
vivons pas l’audace d’en témoigner : témoigner parfois par
nos paroles, mais surtout par notre agir, par notre
attachement personnel au Christ, par notre désir [même
parfois maladroit] de répondre à sa mission.
C’est ainsi que le grand discours sur le Pain de Vie se termine par le départ de plusieurs disciples. Jésus dit alors aux apôtres : « Vous être libres de partir ». Pierre répond : « À qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle ». Pierre n’a pas tout compris, mais il en sait assez sur le Christ pour lui faire confiance. On ne peut pas tout prévoir, mais on peut s’abandonner, faire confiance, avoir l’humilité de reconnaître nos limites pour laisser à Dieu la joie de toucher les coeurs là où nous, pauvres disciples, nous avons failli en son nom. Et quand Dieu crée, c’est toujours l’abondance.
Si nous partageons la vie du Christ, notre vie aura un goût d’éternité.
Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.