Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Mt 14, 13-21
Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens; il fut saisi de pitié envers eux et guérit les infirmes.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : «L’endroit est désert, et il se fait tard. Renvoie donc la foule: qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger!» Mais Jésus leur dit: «Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger.» Alors ils lui disent: «Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons.»
Jésus dit: «Apportez-les-moi ici.» Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction: il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Tous mangèrent à leur faim et, des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.

Il y avait une vieille dame, très pieuse qui vivait dans un duplex. Et le gérant qui vivait dans l’appartement d’en face, était un homme qui n’avait pas la foi et qui souvent se moquait de la piété de cette voisine. Un jour elle était dans son appartement en train de prier à voix haute. Et elle demanda au Seigneur de lui donner de quoi à manger, parce qu’elle était dans le besoin. Le gérant, entendant cette prière, décide de lui jouer un tour. Alors il va chercher du pain, il le met à la porte de cette dame puis il sonne et retourne chez lui.
La dame répondit, voit le pain, le prend et commence à louer le Seigneur. Alors le monsieur va vers elle et lui dit : « Ah ah! Ce n’est pas le Seigneur qui t’a donné du pain c’est moi. Alors pourquoi lui rends-tu gloire? » Et la dame répond : « Je loue la bonté du Seigneur : il exauce toujours mes prières, même s’il doit parfois utiliser le diable pour le faire. »
Cette dame avait une grande confiance en la Providence. Dieu ne nous donne pas toujours ce qu’on veut, comme on le veut. Il n’enlève pas tous les problèmes de nos vies, d’ailleurs il ne l’a pas fait pour le Christ. Mais il fait en sorte que tous les problèmes deviennent des sources de dépassement qui nous font grandir dans notre être intérieur.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, on constate que le Christ nourrit d’abord les coeurs puis ensuite les corps : qu’il nourrit au-delà des besoins exprimés et cela, en partant du peu qu’on lui a offert (cinq pains et deux poissons). Mais il faut aussi prendre conscience que Jésus fait appel à la collaboration de tous. Il invite ses disciples à participer au miracle de la multiplication. Voilà ici un autre signe important de ce que le Christ fait dans nos vies : il nous invite à développer nos richesses personnelles en nous mettant au service les uns les autres.
L’Église aura toujours quelque chose à offrir à la société grâce aux engagements des baptisés, aussi minimes que peuvent être ces engagements. Il ne faut pas chercher à convertir les autres par des discours assommants, mais simplement à prêcher par l’exemple en témoignant un grand respect pour chaque personne dans une franche solidarité envers les gens blessés par la vie. Dire ses convictions de foi sans arrogance ni violence verbale, accepter les incompréhensions des autres avec humilité, ne jamais rechercher les privilèges ou les honneurs est le plus beau discours qui exprime que l’amour de Dieu se traduit dans le service authentique du prochain.
Je crois que la plus grande misère humaine à laquelle Jésus
apporte une réponse dans cet évangile de la multiplication
des pains est la perte de notre dignité humaine. Une dame
disait un jour à son curé : « Comment croire qu’on est
quelqu’un d’important aux yeux de Dieu quand tout le
monde nous regarde avec indifférence, quand notre seul ami
est notre chien de compagnie…? » Une autre dame disait :
« Comment voulez-vous que je prie et que je médite quand
chaque jour je me creuse la tête pour savoir comment
nourrir mes cinq enfants avec mes chaudrons vides? »
On ne sort jamais seul de sa misère : on en sort si on se sent respecté par au moins une personne autour de nous. Ça prend un minimum de sécurité matérielle pour un espace de générosité qui redonne la dignité humaine. Demandonsnous à qui nous pourrions faire un clin d’oeil affectueux dans les prochaines heures, à qui nous pourrions dire quelques 131 mots de réconfort ou simplement dire l’admiration que nous lui portons parce qu’à nos yeux, cette personne multiplie la vie de Dieu dans son agir.
«Apportez vos cinq petits pains et vos deux poissons»