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Réflexion sur l'évangile du 19e dimanche ordinaire, A

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.

 



 

 

Mt 14, 22-33

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, battue par les vagues, car le vent était contraire.

Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils disaient: «C’est un fantôme», et la peur leur fit pousser des cris. Mais aussitôt Jésus leur parla: « Courage! c’est moi; n’ayez pas peur! » Pierre prit alors la parole: « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau. » Jésus lui dit: « Viens! »

Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant qu’il y avait du vent, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il cria: «Seigneur, sauve-moi!» Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit et lui dit: «Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?» Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.

Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent: «Vraiment, tu es le Fils de Dieu!»

 

 

19e dimanche ordinaire - A

photo de Gilles Baril


"Courage! c'est moi; n'ayez pas peur!"

 

Jésus apaise les eauxJésus a nourri une foule de 5000 personnes avec cinq pains et deux poissons puis il marche sur l’eau pour rejoindre ses apôtres. Il s’agit de deux signes propres au Fils de Dieu que personne n’a vécu avant ou après lui.

Dans la mentalité du peuple juif, la marche sur l’eau et le fait d’apaiser la tempête sur la mer sont deux réalités qui attestent le pouvoir de domination sur les forces du Malin. Il devient évident que Jésus est plus puissant que le diable. D’où le désir de Pierre de marcher sur l’eau comme son mentor, et le désir du peuple de vouloir faire de Jésus leur roi contre les Romains.

Pour les Juifs, les Romains représentent en quelque sorte la domination du démon, car ils n’ont pas su respecter la foi juive en amenant dans le temple de Jérusalem différentes statues de leurs dieux païens. Notons qu’il y a ici une fausse manoeuvre pourtant pleine de bonne volonté qui s’explique par la différence des cultures.

Pierre sur l'eauLes Romains sont des gens religieux et très respectueux du culte des peuples qu’ils dominent. Ils sont éblouis par le magnifique temple de Jérusalem qui n’a pas son égal même à Rome au niveau de sa splendeur. Mais le temple n’a aucune illustration de Dieu. Les Romains croient que cette carence est due au fait que le temple leur a coûté trop cher et qu’ils n’ont plus d’argent pour le décorer à l’intérieur et y mettre des statues. Alors, voulant manifester leurs bonnes intentions vis-à-vis les Juifs, ils apportent des statues de leurs dieux et les déposent dans le temple. Leur geste va passer pour les Juifs comme un acte de profanation démoniaque de la pire espèce.

Ils ne savent pas que si les Juifs n’ont aucune illustration de Dieu, c’est suite à la demande de Moïse qui avec colère a cassé les tables de la Loi sur le veau d’or après la sortie de l’esclavage en Égypte tout en interdisant à son peuple de réduire la puissance de Dieu dans une illustration quelconque qui en réduirait la Mystère et la Magnificence.

Revenons à l’évangile : il y a deux réalités que je trouve importantes à souligner. Tout d’abord, le fait que Jésus se retire seul à l’écart pour prier longuement. C’est dans la prière qu’il discerne l’essentiel de sa mission. C’est dans la prière qu’il trouve la force de résister aux tentations dont la plus subtile consiste à se servir de ses pouvoirs pour devenir le roi civil que le peuple espère de lui. C’est dans sa prière qu’il comprend que « sa royauté n’est pas de ce monde » et qu’il doit aller au-delà de son être charnel par fidélité au projet de salut de l’humanité, même si ce projet l’oblige à vivre les heures difficiles de la souffrance et de l’abandon.

L’autre événement qu’il me semble important est la marche de Pierre sur les eaux : tant que Pierre est fixé sur le Christ, il avance sans problèmes, mais quand il commence à raisonner et à se dire que ce qu’il vit est inexplicable, il se met à s’enfoncer dans l’eau. Cela ne veut-il pas nous dire que si nous voulons persévérer dans nos engagements à la suite du Christ, il nous faut compter beaucoup plus sur Lui que sur nos pauvres capacités personnelles? Ne cessons jamais de regarder le Christ et de comprendre ainsi que jamais il ne nous fera défaut. Il peut sans cesse faire au-delà de tout ce qu’on peut s’imaginer. Notre seul pré requis est une confiance inébranlable en Lui.

Voilà l’école de sagesse de tous ces saints et saintes qui à travers chaque génération depuis les premiers chrétiens ont vécu des réalités qui dépassent toute logique humaine. À notre tour de transmettre à nos successeurs dans la foi un héritage spirituel nourrissant tout simplement en gardant notre regard fixé sur le Christ.

«Courage, c’est moi! N’ayez pas peur.»

 

Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;