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Réflexion sur l'évangile du 21e dimanche ordinaire, A

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.

 



 

 

Mt 16, 13-20

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples: « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes? » Ils répondirent: « Pour les uns, il est Jean Baptiste; pour d’autres, Élie; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » 

Jésus leur dit: « Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je? » Prenant la parole, Simon-Pierre déclara: « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant! » 

Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara: « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas: ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux: tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie.

 

 

21e dimanche ordinaire - A

photo de Gilles Baril


"Pour vous, qui suis-je?"

 

Pour vous qui suis-je? Belle question. Qui est le Christ pour moi? Le libérateur, le guérisseur, le pourvoyeur de grâces. L’homme qui a toutes les solutions à chaque problème. Ou encore : celui qui nous invite au dépassement, qui nous amène constamment aux limites de nos capacités pour nous faire développer de nouvelles richesses personnelles.

Et si le Christ était tout ça. Chose certaine : chaque personne a besoin de plus d’amour qu’elle n’en mérite… et c’est la façon dont on relève les défis quotidiens qui attestent si nous sommes habités par le Christ. Notre vision de Dieu est teintée par notre regard sur la vie, sur les personnes et sur les événements.

On raconte qu’à l’époque où Léonard de Vinci peignait le tableau de la dernière cène qu’il cherchait des personnages vivants pour illustrer le Christ et les apôtres. Facile d’approcher quelqu’un pour lui demander de servir de modèle pour peindre le Christ ou encore Pierre, Jacques ou Jean. Mais moins évident de demander à une personne de servir de modèle pour Judas. D’autant plus que Léonard cherchait quelqu’un dont le visage exprimait toutes les formes du vice.

Tu es le Fils de Dieu!Après avoir cherché plusieurs mois dans les tavernes et les lieux d’itinérance, alors qu’il est en repos dans un parc, il aperçoit un homme assis sur un banc un peu plus loin. Il l’examine et il se dit : voilà mon Judas. Il s’approche du gars et commence à lui parler doucement pour ne pas l’insulter et il finit par lui poser la fatidique question : « Voulez-vous me servir de modèle pour peindre Judas? » L’homme lui répond : « Je le veux bien si tel est votre besoin, mais regardez-moi comme il faut : vous m’avez demandé de peindre le Christ pour cette même toile il y a déjà deux ans… »

L’homme n’avait pas changé, mais les préoccupations de Léonard de Vinci n’étaient plus les mêmes. Souvent ce qui nous habite l’esprit teint notre perception de la réalité : notre perception de nous-mêmes, l’anxiété sous toutes ses formes, l’incertitude, la peur de ne pas être aimé… Rappelons-nous également qu’il y a quatre personnalités en chacun de nous :

Vous êtes aussi jeune que votre foi, aussi vieux que votre doute

• celle qu’on a vraiment
• celle qu’on voudrait avoir
• celle que les autres pensent qu’on a
• celle que les autres voudraient qu’on ait

Je pourrais encore compliquer le tableau en rappelant que nous sommes tour à tour les enfants de nos parents, les parents de nos enfants, les parents de nos parents et les enfants de nos enfants.

« Pour vous qui suis-je? » Et si une question préalable à cette question était simplement : « Pour moi, qui suis-je? » Voilà un beau travail intérieur pour les prochains jours. Chose certaine : la foi n’est pas un savoir scientifique, mais une affaire de coeur. Dieu est-il quelqu’un qui attend des résultats et de la performance ou quelqu’un qui encourage à mordre dans la vie, à avoir un idéal à atteindre, à constamment faire de nos vies des chantiers de nouveautés et d’émerveillement (ce qui demeure le secret de l’éternelle jeunesse).

Je conclus avec cette belle déclaration que nous devons à Samuel Ullmann :

« On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années. On devient vieux parce qu’on a déserté son idéal. Les années rident la peau. Renoncer à son idéal ride l’âme. Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort. Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille. Il demande, comme l’enfant insatiable : et après? Il défie les événements et trouve de la joie au jeu de la vie.
Vous êtes aussi jeune que votre foi, aussi vieux que votre doute. Aussi jeune que votre confiance en vous-même. Aussi vieux que votre abattement. Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptif aux messages de la nature, de l’homme et de l’infini.
Si un jour votre coeur allait être mordu par le pessimisme et rongé par le cynisme, puisse Dieu avoir pitié de votre âme de vieillard. »