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Réflexion sur l'évangile du 25e dimanche ordinaire, A

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.



 

 

Mt 20, 1-16

Jésus disait cette parabole: « Le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit au petit jour afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur un salaire d’une pièce d’argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans travail. Il leur dit: "Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste." Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. 

« Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit: "Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire?" Ils lui répondirent : "Parce que personne ne nous a embauchés." Il leur dit: "Allez, vous aussi, à ma vigne." 

« Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant: "Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers." Ceux qui n’avaient commencé qu’à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’argent. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’argent. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine: "Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur!" Mais le maître répondit à l’un d’entre eux: "Mon ami, je ne te fais aucun tort. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour une pièce d’argent? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi: n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien? Vas-tu regarder avec un oeil mauvais parce que moi, je suis bon?"

« Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

 

25e dimanche ordinaire - A

photo de Gilles Baril


Allez vous aussi à ma vigne

 

À l’époque de Jésus, tous ceux qui voulaient travailler se ressemblaient de bonne heure sur la place publique où différents maîtres allaient faire leur choix pour leur entreprise. Les premiers ouvriers, choisis dès le matin, étaient naturellement les plus jeunes, de jeunes adultes qui vivaient peut-être encore dans leur famille. Étant jeunes et forts, les maîtres les engageaient en premier étant assurés qu’ils seraient de bons travailleurs.

qqCeux qui étaient engagés plus tard dans la journée étaient souvent les plus âgés dont on doutait de leur capacité à travailler aussi fort que les plus jeunes. Mais ces travailleurs étaient des pères de famille qui avaient absolument besoin de travailler pour faire vivre leur épouse et leurs enfants, les nourrir, les habiller, les loger. Leur besoin était beaucoup plus grand que les premiers, car des familles comptaient sur eux.

Finalement, il y a ceux qui étaient engagés à la fin du jour demeuraient toute la journée au soleil à attendre d’être choisis (certains d’entre eux n’étaient même jamais choisis!) Et qui étaient-ils? Eh bien, ceux qui étaient malades ou handicapés (boiteux, aveugle, sourds, etc.) Ils étaient seuls au monde et devaient absolument trouver du travail pour vivre, pour ne pas mourir de faim. Mais on les ignorait, les rejetait ou on les engageait quelques fois à la dernière minute faute de mieux. Et pourtant, ce sont eux qui avaient finalement le plus grand besoin de gagner de l’argent pour vivre.

Jésus nous enseigne que Dieu ne voit pas d’abord ce qu’on peut faire pour Lui mais plutôt les besoins les plus pressants de chaque humain. C’est ainsi qu’il dit que « ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades ».

Qu’avons-nous à envier aux ouvriers de la dernière heure? Qui sont-ils? Ce sont les martyrs des temps modernes. Ce sont ces gens qui cherchent désespérément le sens de leurs vies. Et moi, ouvrier du matin, qu’est-ce que je fais pour eux? Quelle est la qualité de mon accueil, de mon témoignage de vie? Sommes-nous devenus des gens qui flattent la brebis grasse sans se soucier des 99 qui ont quitté la communauté?

Chose certaine : le Christ provoque les ouvriers de la première heure : il aurait pu les payer en premier et donner à la fin le même salaire à ceux qui n’ont travaillé qu’une heure. Personne n’aurait réagi. En commençant par payer ceux qui ont travaillé moins longtemps, il veut donner une leçon de vie aux autres. Avons-nous à jalouser ceux qui ont souffert toute la journée (toute leur vie) tout en demeurant confrontés à leur réalité d’indésirable?

Pour Dieu, nous ne sommes ni des mercenaires, ni des employés, mais des amis.

Ça me rappelle un confrère-prêtre, aumônier de prison, qui essaie de rencontrer un détenu condamné à mort. Celui-ci ne veut rien savoir de personne : il crie, il crache sur les gens qui s’approchent de lui, il fait tout pour les éloigner. L’aumônier lui demande : « Dis-moi, qu’est-ce que je vais faire avec la tombe que j’ai achetée pour t’enterrer ? Parce que je ne pensais pas que tu voulais mourir comme un chien ». Le condamné reste bouche-bé : « Vous m’avez acheté une tombe. C’est pas possible. » Alors il raconte sa vie à l’aumônier : « Je n’ai jamais été aimé. J’ai connu mes parents divorcés qui me garochait de l’un à l’autre. Dans des foyers d’accueil, on m’a battu, violé… Je me suis marié : quelques semaines plus tard, ma femme m’a mis à la porte. Elle s’était déjà trouvé un autre gars. C’est alors que j’ai décidé de ne plus jamais aimer, car pour moi aimer voulait dire souffrir. Et vous m’avez acheté une tombe. Ce geste gratuit me donne le goût de croire que j’ai encore un peu de dignité humaine… »

qQu’avons-nous à envier à cet ouvrier contemporain de la dernière heure? Tous ces gens d’aujourd’hui, pas aimé, pas considéré, pas respecté, tous ces gens d’aujourd’hui traités comme des objets : que faisons-nous pour eux?

L’évangile d’aujourd’hui nous invite à ne jamais juger les autres, à ne pas mépriser ceux qui en arrachent avec leur bonheur, à toujours agir avec beaucoup d’amour dans le coeur, même si en apparence l’autre n’a pas mérité cet amour. Travailler pour le Royaume de Dieu, c’est faire son bonheur en rendant les gens heureux autour de nous.

Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;