Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Mt 21, 33-43
Jésus disait aux chefs des prêtres et aux pharisiens: «Écoutez cette parabole: Un homme était propriétaire d’un domaine; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le moment de la vendange, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de la vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers; mais ils furent traités de la même façon.
«Finalement, il leur envoya son fils, en se disant: <Ils respecteront mon fils.> Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux: <Voici l’héritier: allons-y! tuons-le, nous aurons l’héritage!> Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien, quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons?»
On lui répond: «Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu.»
Jésus leur dit: «N’avez-vous jamais lu dans les Écritures: La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’oeuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux! Aussi, je vous le dis: Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit.»

Cette parabole est très claire pour les chefs juifs et les pharisiens : Jésus résume selon sa vision l’histoire du peuple élu. Le propriétaire de la vigne est Dieu, les vignerons sont les chefs juifs, les pharisiens, les serviteurs et les prophètes, le Fils est Jésus lui-même et les nouveaux vignerons sont les chrétiens (ceux qui deviennent disciples du Christ).
La vigne est une image que Jésus aime pour parler de l’Église. Nous sommes les arbres appelés à porter du fruit. Rappelons que l’essentiel d’un arbre n’est pas son tronc ni son écorce, mais les racines et la sève que font monter les racines pour permettre à l’arbre de produire ses fruits.
Quelles sont nos racines? Ou encore : de quoi nous nourrissons-nous? De la joie du don de notre personne au service de la communauté ou de la recherche de notre valorisation personnelle par les performances qui résultent de nos engagements?
Quels fruits portons-nous? La vigne produit du raisin puis avec le raisin on fait du vin et le vin peut devenir par l’eucharistie le sang du Christ. Mais le raisin peut aussi simplement demeurer raisin. Sommes-nous raisin ou présence réelle du Christ par notre agir? Notons encore qu’il est rare qu’un arbre produit du fruit pour se nourrir luimême. Alors comme chrétien, nous sommes invités à devenir nourriture pour les autres. Comment témoignonsnous du Christ au coeur du monde? Car la mission de l’Église consiste à aller dans le monde, à aller vers les autres.
Au fil des siècles, les chrétiens ont répondu au meilleur
d’eux-mêmes aux besoins de leurs époques. Ils se sont faits
attentifs particulièrement des pauvres, des malades, des
marginaux et des enfants. À nous, aujourd’hui, de faire
preuve de créativité et de proximité auprès des mêmes
personnes. Ce qui demande de ne jamais juger l’autre, de
semer de l’espérance et de demeurer des passionnés de la
dignité humaine.
Avons-nous en nous le feu sacré de l’Évangile? Pourquoi tant de gens ont quitté nos rassemblements dominicaux? Pourtant, il ne suffit pas de deux ou trois personnes enflammées pour faire rayonner toute la communauté. Il faut prendre le temps d’habiter notre coeur pour que notre agir témoigne de ce qui nous habite.
Il faut apprendre à bâtir des ponts vers la société plutôt que d’ériger des murailles pour protéger nos valeurs qui diffèrent de celles prônées par la société. Jean Bosco disait que le premier pas vers l’autre consiste à s’intéresser à ce qui les intéresse et que nous demeurions disponibles pour répondre à leurs besoins. Même un simple verre d’eau donnée par amour peut redonner le goût de Dieu. Ne pas toujours chercher le plus compliqué, mais faire le plus simplement du monde avec humilité et par amour désintéressé. Voilà le témoignage dont notre monde a besoin.
Parfois, dire Dieu, ou évangéliser, c’est désapprendre les principes rigides de la morale pour accueillir l’autre avec ses misères. C’est se contenter d’être bon et attentif à chaque personne. Je conclus avec ce fait vécu :
Un directeur d’école engage un nouveau professeur et il lui dit : « Je vous donne deux mois et je vous poserai une seule question. Si vous me donnez la réponse, je vous garde. Si vous ne savez pas quoi me répondre, je ne vous garde pas.
Deux mois plus tard, le directeur demande à son nouveau professeur : « Quel est le nom du concierge de l’école ? » Puis il lui explique : « Si en deux mois vous n’avez pas réussi à vous intéresser au concierge, ça me prouve que vous n’aurez de l’intérêt que pour les élèves qui performent et que nous ne réussirez jamais à vous occuper de ceux qui en arrachent pour apprendre… et ce sont prioritairement ces derniers qui ont besoin des professeurs ».
Ainsi en est-il de l’Église : nous ne sommes pas là seulement pour les grands de ce monde. Nous sommes là d’abord pour ceux qui souffrent et qui ont besoin d’être soutenus pour traverser les épreuves de la vie. Devenons ce type de vignerons que le Christ recherche.
Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.;(2) Pablo Picasso