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Réflexion sur l'évangile du 28e dimanche ordinaire, A

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.

 



 

 

Mt 22. 1-14

Jésus disait en paraboles: «Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités: "Voilà: mon repas est prêt, mes boeufs et mes bêtes grasses sont égorgés; tout est prêt: venez au repas de noce." Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.

«Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs: "Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins: tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce." Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives.

 «Le roi entra pour voir les convives. Il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce, et lui dit: "Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce?" L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs: "Jetez-le, pieds et poings liés, dehors dans les ténèbres; là il y aura des pleurs et des grincements de dents."

«Certes, la multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux.»

 

28e dimanche ordinaire - A

photo de Gilles Baril


Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils

 

L’Évangile de ce jour commence par offrir de quoi nous réjouir et nous encourager. Dieu est prodigue, il est extrêmement généreux. Ses bras sont grand ouverts en tout temps, et c’est son grand plaisir de rassembler tous ces enfants autour de lui. Oui, on peut compter sur un Dieu au coeur immense et ouvert. La Bible nous répète sans cesse, sur plusieurs tons, que tout être, même le plus misérable, est très précieux à ses yeux; le nom de chacun est inscrit dans la paume de ses mains; et ce qu’il veut pour tous c’est la vie, et la vie en abondance.

N’est-ce pas là une excellente nouvelle pour nous aujourd’hui? Qui d’entre nous n’a pas un besoin impérieux d’être comblé d’amour ou d’être reconnu pour lui-même? Qui d’entre nous n’a pas un besoin urgent d’un supplément de joie et de vie, dans ce monde qui ne nous apprécie pas toujours à notre juste valeur? Et voici que notre Dieu, par l’entremise de saint Matthieu, nous adresse aujourd’hui un faire-part : il nous invite à un banquet de noces; il nous presse d’entrer dans sa famille. Quand on y pense un peu, c’est à peine croyable. Nous avons un Dieu qui fait les premiers pas vers nous, qui s’approche de nous; il n’est pas du tout lointain; il s’intéresse à notre bonheur, même ici-bas sur terre.

Le Royaume de Dieu n’est pas une société de gens parfaits, mais de pécheurs pardonnés.

C’est avec une ardeur furieuse, on pourrait dire, que le Père insiste, dans l’Évangile de ce jour, à nous dire : « Venez, tout est prêt ». Malgré quelques rebuffades de la part des invités, malgré des refus de considérer l’invitation, le Père ne se décourage pas. Dieu a du souffle à revendre. Son esprit ne semble pas du tout accablé ou brisé. Il n’est ni démoralisé ni désenchanté devant les mauvais accueils qu’il essuie. Il s’indigne quand même un peu devant la stupidité humaine, mais il envoie d’autres serviteurs avec cette consigne : « Conviez tous ceux que vous pourrez trouver ». Oui, tout le monde est convié au repas de Dieu; personne n’est exclu.

L’Évangile de ce jour comporte un second volet : « Qu’arrivera-t-il aux invités qui refusent l’invitation qui leur est adressée? Même Dieu ne peut rien faire face à un refus catégorique de notre part. Il ne peut pas nous faire entrer de force dans son Royaume. Dieu n’impose rien et ne s’impose pas. Il ne traite pas avec des esclaves, mais avec des êtres libres.

Comment voulez-vous que j’aille au repas de Jésus? Je n’ai que mes dimanches pour me reposer de la dure semaine que je viens de passer. Comment voulez-vous que j’aille au repas de Jésus? C’est le seul jour où je peux faire une randonnée avec ma famille dans la belle forêt multicolore de l’automne. Comment voulez-vous que j’aille au repas de Jésus, quand j’ai dansé toute la nuit du samedi au dimanche? Est-ce là qu’on appelle d’excellentes raisons? Combien de chrétiens auront finalement refusé les invitations de Dieu à force de bonnes raisons? D’autres chrétiens nous disent aussi : j’ai lâché la pratique. J’ai lâché la prière. J’étais trop pris par ceci ou par cela.

banquetComment se fait-il qu’il nous arrive ainsi de préférer nos petites affaires à l’invitation de Dieu? Je sais bien que la plupart ne se rendent pas compte de ce qu’ils font. Mais la question est de prime importance et il faut la soulever. Dieu nous offre le maximum d’amour, de joie, de bonheur, de vie. Pourquoi nous contentons-nous du minimum des plaisirs d’un moment? Dieu nous propose une vraie joie, durable, éternelle… Pourquoi nous satisfaisons-nous de plaisirs passagers? Dieu nous invite à une vie pleine. Pourquoi nous accommodons-nous de vivoter?

Un dernier mot : qu’en est-il du vêtement de noce? Je réponds par une anecdote :

Une mère de famille veut se débarrasser d’un vieux sofa. Elle dit à ses enfants et à leurs camarades : « Faites, ce que vous voulez. Sautez dessus, salissez-le, brisez-le. Peu importe, il est à vous ». Alors les enfants s’en donnent à coeur joie et font tout; mais vraiment tout ce qu’ils ont toujours voulu faire, mais n’ont jamais pu faire. C’est un délire.

La mère observe les enfants et s’amuse avec eux. Elle en rajoute. Tout à coup elle se rend compte que la façon dont l’aîné de neuf ans projette une fillette de quatre ans risque de mal tourner. Il ignore sa force, elle ignore sa vulnérabilité. Ils ont trop de plaisir pour comprendre le danger. « Simon ne fait pas cela. – Mais tu m’as dit qu’on pouvait tout faire. – Tu peux tout faire au sofa, mais tu n’as pas le droit de faire mal à Julie. Arrête tout de suite. »

Le vêtement de noce est une façon d’être qui exprime notre respect pour Dieu, lequel passe par notre façon de respecter chaque personne que nous fréquentons. Se dire "de Dieu" et passer sont temps à médire où à calomnier les autres est loin du témoignage de l’Évangile.

 

 

Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre. (2) Toi suis moi – site d’édification et d’encouragement