Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Mt 23, 1-12
Jésus déclara à la foule et à ses disciples : «Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes : ils portent sur eux des phylactères très larges et des franges très longues; ils aiment les places d'honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues, les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
«Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n'avez qu'un seul enseignant, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de Père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé.»

L’Évangile d’aujourd’hui nous met sous les yeux trois réalités importantes pour le Christ :
1- La façon d’exercer l’autorité au sein du peuple de Dieu : Jésus nous invite à vivre une autorité de service et non de pouvoir. C’est ce qu’ils reprochent aux scribes et aux pharisiens. Au lieu de stimuler la charité du peuple, ils les écrasent avec des lois qui donnent l’image d’un Dieu intransigeant qui ne pense qu’à punir.
Sous le couvert de leurs responsabilités spirituelles, les scribes et les pharisiens ne recherchent que leur propre intérêt. Ils recherchent les honneurs, les titres de gloire et le prestige. Ils portent des phylactères très larges et des franges très longues : les phylactères servaient à l’époque à retenir un petit boitier qu’on se mettait sur le front et dans lequel on avait placé un texte de la bible qu’on souhaitait vivre au quotidien. Jésus leur dit qu’au lieu de porter la parole de Dieu sur le front qu’ils devraient se la mettre dans le coeur.
Quand on se donne du pouvoir par l’extérieur de soi, par des comportements exagérés, c’est qu’on a conscience qu’on est pauvre dans notre vie intérieure. L’autorité qui écrase les petits ne vient pas de Dieu. Ça prend plus que de la bonne volonté pour persévérer sur la route du bien : ça prend de l’enracinement de l’évangile dans le coeur : ce qui vient par la prière.
Peut-être qu’on trouve que Jésus est dur pour les autorités
de son temps, mais réécoutons le prophète Malachie dans la
première lecture :
« Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement : si nous n’écoutez pas, si vous ne prenez pas à coeur de glorifier nom Nom, - déclare le Seigneur de l’univers, - j’enverrai sur vous la malédiction, je maudirai les bénédictions que vous prononcerez. Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude, vous avez perverti nom alliance avec vous, déclare le Seigneur de l’univers. »
Juste quelques lignes avant, Malachie dit aux prêtres :
« Si tu accables la veuve et l’orphelin et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C’est tout ce qu’il a pour se couvrir; c’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant! »
Espérons que ces reproches ne s’adressent pas à nous. Il est intéressant de noter que le pape François tient un discours semblable depuis son accès à la papauté : L’Église n’a pas besoin de dirigeants qui soient des ambitieux ou des carriéristes. Il met en garde contre la mondanité spirituelle qui vise à ne chercher qu’une vie confortable au lieu de servir la gloire de Dieu.
2- Une deuxième réalité à relever de ce texte de l’Évangile est l’invitation à demeurer un peuple en constant apprentissage :
Plus nous apprenons dans la vie, plus nous découvrons que nous ne savions rien et plus nous réalisons tout ce qu’il y a à connaître. Maurice Duplessis disait : « La culture, c’est comme la confiture, moins on en a plus on l’étend sur nos toasts ». Il faut s’alimenter chaque jour de la parole de Dieu 168 qu’on lit et qu’on laisse se déposer dans notre esprit et notre coeur. La parole de Dieu est source d’espérance, de miséricorde et d’authenticité.
3- Une troisième réalité chère à Jésus : la fraternité universelle. Au-delà des différences, il y a une profonde ressemblance entre chaque humain. Les classes sociales, les structures, les conditions de vie ne changent rien à cette réalité. L’important n’est pas de s’appliquer à aimer les gens du Tiers Monde qu’on ne voit jamais. Être frère universel consiste à nourrir un profond respect pour chaque personne de notre quotidien, les aimables comme les moins aimables, ceux qui nous édifient comme ceux qui nous invitent au dépassement intérieur…
Pour résumer cette réflexion qui mériterait d’être beaucoup plus élaborée (mais le temps passe), je vous offre trois petites réflexions qui me semblent offrir en concentré la pensée de cette page d’évangile d’aujourd’hui :
• Pour rencontrer quelqu’un d’habiter par Dieu, on doit observer non pas comment il parle de Dieu, mais comment il parle des autres. (Simone Weil)
• Il est plus important d’aimer que d’avoir raison. Il n’est jamais nécessaire d’avoir la réponse à tout.
• Il est agréable d’être important, mais il est plus important d’être agréable.
Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.