Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.
Matthieu 25, 1-13
Alors il en sera du Royaume des Cieux comme de dix vierges qui s'en allèrent, munies de leurs lampes, à la rencontre de l'époux. Or cinq d'entre elles étaient sottes et cinq étaient sensées. Les sottes, en effet, prirent leurs lampes, mais sans se munir d'huile; tandis que les sensées, en même temps que leurs lampes, prirent de l'huile dans les fioles. Comme l'époux se faisait attendre, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. Mais à minuit un cri retentit : «Voici l'époux! sortez à sa rencontre!» Alors toutes ces vierges se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes. Et les sottes de dire aux sensées : «Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent.» Mais celles-ci leur répondirent : «Il n'y en aurait sans doute pas assez pour nous et pour vous; allez plutôt chez les marchands et achetez-en pour vous.» Elles étaient parties en acheter quand arriva l'époux : celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte se referma. Finalement les autres vierges arrivèrent aussi et dirent : «Seigneur, Seigneur, ouvre-nous!» Mais il répondit : «En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas!» Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure.

L’Évangile nous parle de cinq jeunes filles insensées et de cinq jeunes filles prévoyantes. Durant mon enfance, je me souviens que le même texte parlait de vierges sages et de viarges folles, car un curé de mon enfance, prédicateur un peu rustre, nous parlait des vierges sages et des "viarges" folles. Puis, il se lançait dans un sermon sur les moeurs relâchées de la société.
Ce même curé avait prêché six semaines de suite contre la boisson. La septième semaine, d’un commun accord, les gens avaient dit : « Si il parle encore contre la boisson, on ne donne rien à la quête ». Ce qui fut fait. La huitième semaine, le curé commence son sermon en disant : « La semaine dernière, nous avons récolté 1.16 $ à la quête : voilà la preuve que vous buvez trop. Vous n’avez plus d’argent pour le Bon Dieu. » Alors il recommença à tempêter contre la boisson. Les gens se sont dit : il n’y a rien à faire. Nous ne réussirons pas à le changer ». De fait, sa prédication était parfois trop moralisatrice, mais cet homme était d’une grande bonté et d’une charité sans limites pour les pauvres. Il donnait tout pour soutenir les autres. Ses sermons agaçaient, mais son vécu quotidien était une inspiration directe sur Dieu. Mieux valait l’aimer que de vouloir le changer.
L’Évangile d’aujourd’hui nous parle de ce genre d’amour sans condition. Un amour qui est patience et tolérance. Un amour-espérance qui nous met en communion avec les autres.
Autrefois, on attendait longtemps, pour tout et partout. Il n’y avait pas d’auto, pas de téléphone, pas de mass-médias, pas d’électricité… bref, il n’y avait rien sinon le soutien mutuel et l’abandon dans la confiance.
Aujourd’hui, on a tout à la portée de la main… et on ne sait plus attendre. On sait encore moins faire des provisions au cas où… ce qui fait par exemple que si on manque d’électricité pendant deux heures, on a l’impression de devenir fou.
Nous ne pouvons espérer qu’un projet se prolonge quand les ressources sont épuisées, nous ne pouvons atteindre le printemps sans avoir, à l'automne, constitué des réserves. La différence entre les jeunes filles sages et les jeunes filles étourdies est la capacité de faire des réserves.
Le catéchisme enseigne que le but de notre vie consiste à connaître Dieu, l’aimer et le servir pour être heureux en sa présence pendant toute l’éternité. Nous voulons connaître tout de la création, mais on demeure indifférent face au créateur. Nous sommes comme des voyageurs qui prennent la route et qui non seulement oublient leur itinéraire, mais même le but du voyage, car trop de réalités découvertes en route nous invitent à investir dans l’éphémère.
C’est du retour du Christ dont il est question aujourd’hui, car partout dans la bible on prend le symbole d’un repas de noces ou d’un grand banquet pour parler du ciel et dans ce langage symbolique, on parle du Christ comme étant l’époux attendu. Et en attendant, il nous faut faire des provisions. Les jeunes filles prévoyantes sont celles et ceux qui ajustent leurs valeurs et leur agir quotidien à l’être aimé, selon les recommandations du Christ dans l’évangile. Les insensées sont celles et ceux qui ne vivent que pour flatter leur égo sans se soucier du bien-être des autres.
St-Augustin disait : « La vraie connaissance de Dieu vient de la nuit (nos temps de doute et d’épreuve) comme sa naissance (nuit de Noël) et sa résurrection (nuit de Pâques). La condition requise n’est pas de ne pas dormir, mais d’avoir de l’huile dans sa lampe, c’est-à-dire de la lumière dans les yeux, de l’espérance dans le coeur. Les chrétiens doivent garder leurs yeux ouverts dans la nuit de ce monde. C’est notre regard de foi, d’espérance et de charité qui illumine la nuit du doute et du désespoir. Il n’y a pas de marchands de foi, d’espérance et de charité.
« L’huile de l’évangile est celle du désir de Dieu », disait aussi St-Augustin. Et nourrir notre désir de Dieu ne peut pas se faire par les autres.
Jean-Paul II ajoute : « Faites attention aux vendeurs d’illusions et aux rêveries d’esprits inquiets. Il n’existe pas de vendeurs du désir de Dieu : ce désir jaillit de notre vécu et personne ne peut intervenir pour nous dans ce domaine de la vie intérieure. »
La foi chrétienne nous invite à agir maintenant, à ne pas gaspiller le temps qui nous est donné.
Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre. (2) Author(s) Thornton Wilder; Country United States; Language English; Genre(s) Novel; Publisher Albert & Charles Boni; Publication date 1927; Media type Print (Hardback & Paperback); Pages 138 ISBN NA; présenté sur Wikipedia