Imprimer Texte plus gros Texte plus petit

Formation > Étude de la Bible > Réflexion chrétienne en cours > Archives > Année A, Fête du Christ, Roi de l'univers

Réflexion sur l'évangile de la Fête du Christ, Roi de l'univers, A

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.

 


 

 


Mt 25, 31-46

Jésus parlait à ses disciples de sa venue: «Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres: il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche.

«Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite: "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi!" Alors les justes lui répondront: "Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu...? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli? tu étais nu, et nous t’avons habillé? tu étais malade ou en prison... Quand sommes-nous venus jusqu’à toi?" Et le Roi leur répondra: "Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait."

«Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche: "Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli; j’étais nu et vous ne m’avez pas habillé; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité." Alors ils répondront, eux aussi: "Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim et soif; être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service?" Il leur répondra: "Amen, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait." «Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle.»

 

Fête du Christ, Roi de l'univers - A

photo de Gilles Baril


"Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait."

 

Un célèbre sculpteur brûlait d’envie de réaliser une statue du Christ qui soit la plus belle de tous les temps. Il se rendit dans son atelier, situé près de la mer, et il commença par façonner un modèle en argile. Il voulait donner à sa sculpture un aspect triomphant et royal. La tête était envoyée par en arrière, et les bras étaient élevés dans un geste de grande majesté. En regardant son modèle, le sculpteur était ravi : son Christ avait vraiment l’air fort et puissant.

Durant la nuit, cependant, un épais brouillard et une grande humidité entrèrent par les fenêtres de l’atelier et endommagèrent sérieusement le modèle d’argile. Toute la glaise s’était ramollie et déformée.

Christ-RoiLorsque le sculpteur revint au matin, il fut découragé. Tout son travail était ruiné. Il avait gaspillé son temps et ses efforts, et maintenant, il fallait tout recommencer. Mais, en regardant de plus près, notre sculpteur découvrit autre chose. En s’affaissant, la tête du Christ avait pris une attitude d’humilité. Sur le front, des gouttelettes d’eau faisaient penser à du sang. Le visage n’avait plus son air sévère, mais un air compatissant. Et les bras étaient retombés dans une position d’accueil. En regardant son modèle détérioré, le sculpteur s’aperçut qu’il avait devant lui, non pas le Christ triomphant et plein de puissance qu’il voulait faire, mais le Christ défiguré, le vrai Christ; celui de l’Évangile. Il venait de réaliser la plus belle statue du Christ de tous les temps.

Quand le Christ a vécu parmi nous, il n’a pas voulu s’identifier aux puissants et aux riches, mais aux pauvres et aux blessés de la vie. C’est pourquoi, nous sommes interpelés sur notre façon d’accueillir ceux qui manquent du nécessaire pour être heureux : notre disponibilité et notre capacité de nous investir en toute gratuité pour rendre les gens heureux autour de nous est notre condition au règne de Dieu. Beaucoup de gens disent : « Je n’ai pas besoin d’aller à la messe, c’est la charité qui compte ». Ils ont raison, mais il ne faut pas se faire des illusions : il n’est pas naturel de toujours se laisser déranger pour rendre service, pour poser des actes de charité sans rien attendre en retour. Pour persister dans le don de soi, ça prend une vie intérieure bien nourrie et ça prend également une appartenance réelle à une communauté. Personne ne peut sauver le monde tout seul, à moins de se retrouver sur la croix.

La croix est le langage du pouvoir de l’Amour sur la haine et l’injustice. Elle est le pouvoir des mains nues qui ont déjà tout donné.

Le Christ nous dit aujourd’hui que la foi ne se vit pas seulement dans l’intimité de notre être : elle est relation, elle est implication dans les réalités sociales, économiques et politiques. Il ne faut pas toujours viser l’efficacité et la rentabilité. Il faut devenir fécond en semant les valeurs de l’évangile au sein de la société. En ce sens, ce sont les petits gestes du quotidien qui nous permettent de faire de notre vie une grande histoire d’Amour entre Dieu et l’humanité.

Jadis on chantait à la fête du Christ-Roi : « Parle, commande et règne » aujourd’hui, on chante : « Se lever chaque jour et servir par amour, comme Lui ». Chaque personne est comme un grain de pop corn ; si nous l’entourons de chaleur, de compréhension, de respect (même s’il me semble qu’elle n’a pas mérité cette chaleur), je lui permets d’éclater, de laisser sortir ce qui sommeille en elle. Rappelons-nous que chaque personne se nourrit plus d’un compliment que d’un morceau de pain ou d’une boîte de conserve.

N’hésitons pas à révéler notre identité de chrétien en souriant à un étranger rencontré dans la rue, en visitant un malade ou un nouvel arrivant dans le quartier, en redonnant de l’espérance à une personne découragée par notre écoute, en valorisant telle personne désespérée, en redonnant une nouvelle chance de repartir à neuf à telle personne qui m’a déçue…

Jésus est un Roi : un roi sans puissance matérielle, sans contrôle sur les autres, sans aucun pouvoir temporel. Mais un roi qui nous désinstalle pour nous faire grandir, pour nous amener à l’essentiel de notre être. Un Roi qui a un faible pour ceux qui en arrachent. Un Roi qui nous rappelle la solidarité universelle, l’égalité entre les riches et les pauvres, le pouvoir de la non-violence de l’Amour qui conduit à la joie parfaite.

l’important est de faire tout ce qui nous est possible pour que personne ne souffre inutilement autour de nous.

L’important n’est pas de réussir à créer l’harmonie parfaite autour de nous, même le Christ n’y est pas arrivé. Mais l’important est de faire tout ce qui nous est possible pour que personne ne souffre inutilement autour de nous. C’est alors qu’on peut entendre en écho lointain : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Rappelons-nous dans le même sens, cet autre passage de l’évangile où Jésus dit : « Réjouissez-vous non pas pour le bien que vous avez fait, mais parce que votre nom est inscrit dans le coeur de Dieu ». [Luc 10, 20]

Chaque fois que vous le faites à l’un de ces petits qui sont mes frères,
c’est à moi que vous le faites