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Réflexion sur l'évangile du 30e dimanche ordinaire, A

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada.

 



 

 

Mt 22. 34-40

Les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’eux, un docteur de la Loi, lui posa une question pour le mettre à l’épreuve: «Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement?»Jésus lui répondit: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout ce qu’il y a dans l’Écriture, — dans la Loi et les Prophètes, — dépend de ces deux commandements.»

 

30e dimanche ordinaire - A

photo de Gilles Baril


Maître, quel est le plus grand commandement?

Aujourd’hui, c’est un spécialiste de la foi qui tend un piège au Christ en lui demandant quel est le plus grand commandement. À l’époque de Jésus, il existe 315 interdits à observer si on veut aller au ciel et 248 réalités obligatoires à respecter : parmi ces 613 préceptes de lois, qu’est-ce qui est le plus important?

Il est évident qu’il y a des lois plus importantes que les autres comme la défense de tuer son prochain. Mais il y a aussi des lois qui semblent n’être là que dans le but de culpabiliser les gens et d’alimenter l’image d’un Dieu sévère et intransigeant qui nous surveille pur nous prendre en faute. Par exemple, il est interdit de marcher plus que cent pas le jour du sabbat. Avez-vous remarqué que c’est vite fait cent pas… qu’on ne va pas loin avec cent pas dans une journée. Alors au 99e pas, on a le choix : on reste sur place jusqu’au lendemain ou on continue de marcher et on est dans le péché.

Jésus établit avec clarté la priorité absolue des deux commandements de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain.

Jésus ne se laisse pas entraîner dans un débat sans fin avec un spécialiste. Il va répondre en disant que le but de la loi consiste à aimer Dieu de toute sa personne et à aimer son prochain comme soi-même. Cette réponse va lui attirer l’admiration du docteur de la loi.

Mais qu’est-ce qu’aimer? En l’espace de quelques minutes, nous pouvons dire : j’aime la tarte au sucre, j’aime telle émission de télévision, j’aime mon chien et j’aime telle personne. Est-ce que j’aime parce que ça me rapporte? (tarte au sucre) parce que ça ne m’implique en rien? (émission de télé) ou parce que j’ai investi de moi-même dans une relation avec une autre personne.

Pas d’amour véritable sans le don de sa personne, nous dit le Christ. Pas d’amour réel sans une base de respect inconditionnel. Pas d’amour sans gratuité du coeur. Le véritable amour, dit Saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens est patience, service, confiance, espérance et don de soi. Le véritable amour ne cherche pas son intérêt, ne se gonfle pas d’orgueil, ne fait rien de malhonnête, supporte tout, espère tout… [I Cor 12, 31-13, 8]

Le philosophe grec Aristote (5e siècle av. J.-C.) disait : « On ne peut pas vraiment aimer quelqu’un tant qu’on n’a pas mangé un sac de sel ensemble ». Sel des déceptions et des contrariétés. Sel des défis relevés ensemble. Sel des complicités et des solidarités tissées par les événements du quotidien.

Rappelons-nous l’histoire du petit prince de St-Exupéry : un livre à lire et à relire tellement il nous enseigne des richesses sur l’art d’aimer. Il y a le passage plus connu de sa rencontre avec le renard où on apprend qu’il faut s’apprivoiser les uns les autres et qu’on devient responsable des gens qu’on a apprivoisés, mais je veux souligner sa rencontre avec les roses.

Le petit prince a une rose sur sa planète qu’il croit unique au monde et voilà qu’un jour, il arrive devant un jardin où il y a des milliers de roses. Il est déçu, car il se croyait riche d’une relation qui n’avait pas d’égal. Après s’être ouvert sur ce sujet à son ami le renard, il revient vers les roses et il leur exprime sa nouvelle vision de cette réalité :

- Vous n’êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n’êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisées et vous n’avez apprivoisé personne.

Bon samaritain- Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu’elle vous ressemble. Mais à elle seule, elle est plus importante que vous toutes, puisque c’est elle que j’ai arrosée, puisque c’est elle que j’ai mise sous globe, puisque c’est elle que j’ai abritée par le paravent, puisque c’est elle dont j’ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons), puisque c’est elle que j’ai écouté se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire, puisque c’est ma rose.

Voilà l’enseignement de Jésus sur le plus grand commandement qui consiste à aimer Dieu de tout coeur et son prochain comme soi-même. Que notre relation avec Dieu et avec tous ces gens qu’on aime demeure nourriture pour le coeur puisqu’elles sont uniques au monde.

Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre.