Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. — Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. — Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’Ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : «Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire.»
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant : «Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.»

Nous célébrons en cette nuit de Noël Dieu qui quitte la force et la richesse de son ciel pour se donner aux humains dans la pauvreté d’une étable en devenant un petit enfant. Rien de plus fragile et dépendant qu’un enfant. Il a tout à recevoir de nous. Il a besoin de notre protection, de notre attention, de notre affection.
L’enfant demeure ouvert à la nouveauté et spontané dans
ses réactions. Il n’est pas figé ni fixé à l’avance. Il en est de
même pour Dieu : il n’est pas limité par nos réactions. Il fait
toujours surgir du neuf à partir du vécu que nous remettons
entre ses mains. Un enfant, l’enfant pauvre de Bethléem
nous enseigne que la priorité de notre vie n’est pas dans nos
oeuvres, mais dans l’amour qui est la source même de notre
agir.
À l’époque de la naissance de Jésus, c’est la culture grecque qui domine l’univers. Chez les Grecs, on enseigne que l’amour consiste à se laisser séduire par la beauté et les qualités d’une autre personne. On s’aime tant qu’on vit dans l’harmonie des sensations. On s’aime tant que ça nous rapporte à nous-mêmes.
Jésus vient enseigner que l’amour ne consiste pas qu’à recevoir des autres dans l’harmonie des émotions, mais plutôt à se donner pour l’autre qu’on aime. L’amour n’engage pas seulement que les qualités de la personne : il engage la personne elle-même dans ce qu’elle a de plus unique.
Jésus va même ajouter dans son enseignement qui révolutionnera l’humanité que Dieu n’est pas un être puissant qui nous surveille et qui a l’épreuve facile pour qui n’agit pas selon ses normes morales, mais qu’il est un Père qui nous accueille sans condition, qui nous ouvre les bras pour nous réconforter face à nos misères humaines.
Dieu sait plus que nous de quoi nous sommes capables et continuellement il nous offre par les évènements de développer l’ensemble de nos richesses intérieures.
Commémoration des mages venus adorer le Christ à BethleemSt-Augustin disait que Noël demeure une invitation d’année en année à retrouver la spontanéité de notre enfance : « nous, disait-il, nous vieillissons d’année en année en devenant plus cérébraux tandis que Dieu garde son coeur d’enfant. La joie de Noël consiste à partager l’éternelle jeunesse de Dieu. »
Alors ce soir, demandons trois cadeaux à l’Enfant-Dieu de Bethléem :
1- La simplicité : Ne pas compliquer ce qui est simple et simplifier ce qui est compliqué. Que Dieu nous aide à conserver nos coeurs d’enfant en demeurant ouverts à la spontanéité du coeur. Dans l’évangile, Marie et Joseph ne s’enorgueillissent pas d’être les parents du Messie. Ils rivalisent constamment de bonté et d’attention l’un pour l’autre. Ils se chargent des plus humbles occupations du quotidien pour éviter à l’autre un surplus de fatigue. La simplicité conduit à la générosité et au respect de l’autre.
2- L’émerveillement : Une force de l’enfant est sa spontanéité à découvrir ce qui est beau dans la vie. Demandons ce cadeau du ciel qui permet de développer une vision positive des évènements. Pour cela, il faut d’une part faire taire les bruits en nous pour discerner ce qui est bon et d’autre part, regarder la vie avec le coeur. L’émerveillement se développe dans une vie où la critique et les plaintes n’ont pas accès. L’émerveillement conduit à la reconnaissance.
3- La joie : Joie de se savoir aimé, joie de se savoir appelé à un bonheur sans limites malgré nos fragilités humaines. Joie de savoir qu’on contribue au bonheur de ceux qui nous entourent. La meilleure façon d’être heureux consiste à semer du bonheur autour de nous. Voilà le message de Noël.
Dans la première lecture, on lisait : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » Puisses-tu être cette lumière qui éclaire le coeur de ceux que tu rencontreras dans les prochaines heures. C’est ainsi que grâce à toi, Noël sera une belle réalisation du ciel qui s’unit à la terre puisqu’en faisant la joie de ceux qui nous entourent, on fait en même temps la joie de Dieu.
«À ceux et celles qui l’ont accueilli, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu» (Jn 1, 12)
Joyeux Noël à tous !
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Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre. (2) Star free wallpaper download (3) Orthodox Church in America