Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Un lépreux vient trouver Jésus; il tombe à ses genoux et le supplie: «Si tu le veux, tu peux me purifier.» Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit: «Je le veux, sois purifié.» À l’instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié. Aussitôt Jésus le renvoya avec cet avertissement sévère: «Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre. Et donne pour ta purification ce que Moïse prescrit dans la Loi: ta guérison sera pour les gens un témoignage.»
Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte qu’il n’était plus possible à Jésus d’entrer ouvertement dans une ville. Il était obligé d’éviter les lieux habités, mais de partout on venait à lui.

Durant les premiers temps de la chrétienté, il y a deux réalités que le Christ et les apôtres ont dénoncées et qui n’ont trouvé une véritable solution seulement qu’au 20e siècle : la condition des lépreux et l’esclavage.
Un lépreux est considéré comme une personne punie par
Dieu parce que la laideur de ses pensées et de son coeur
ressort dans sa chair. C’est pourquoi on exclut les lépreux de
la vie sociale et que c’est un prêtre qui doit accepter leur
réintégration. On craint la contagion, non pas physique,
mais des idées… Rappelons-nous qu’au Moyen Age François
d’Assise doit sa conversion à des lépreux : en profonde
dépression, il se promène dans les bois comme un itinérant
quand il est accueilli par accident dans une léproserie… il
développe un tel respect pour ces gens-là que pour lui, la
formation spirituelle pour devenir un disciple du Christ
consiste à aller travailler chez les lépreux pour dépasser
toutes formes de préjugés.
À la fin du 19e siècle, le père Damien, en mission en Polynésie française, décide d’aller vivre dans une île isolée où on envoie des lépreux et il finit par attraper la lèpre. À partir de là, les vraies questions surgissent : comment se fait-il qu’un prêtre reconnu par son saint dévouement et inspirant par sa charité inconditionnelle attrape la lèpre si celle-ci est l’émergence de pensées perverses?
On commence à étudier cette maladie pour réaliser que la lèpre est simplement un bacille cousin de la tuberculose qui infecte la peau comme le psoriasis et que cette bactérie se propage dans des conditions de pauvreté, de saleté et de désespérance morale… ce qui est depuis toujours le lot de misère des lépreux.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, un lépreux s’approche de Jésus en lui disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Il brave tous les préjugés à son sujet. Il ne reste pas replier sur lui-même en braillant sur son pauvre sort quotidien… ce qui impressionne Jésus, car il faut bien reconnaître que souvent dans la vie, ce qui nous préoccupe, ce sont nos besoins personnels à combler et la recherche de sensationnel. Et Jésus refuse de passer pour un simple guérisseur un peu plus puissant que tous les charlatans de son pays.
La souffrance peut nous aigrir comme elle peut nous faire pénétrer dans les douceurs de Dieu. Je pense souvent à une bonne amie qui souffrait beaucoup et qui un jour s’est mise à m’abîmer de bêtises comme si j’étais la cause de tous ses malheurs. Au lieu de me défendre et de risquer une guerre, je lui ai simplement dit : « Comme tu dois souffrir pour me parler comme ça! » Je l’ai complètement désarmé… et on a commencé à mettre de la Lumière dans sa vie.
Jésus agit toujours ainsi : jamais il ne part en guerre malgré les accusations et toujours il évite les tentations de la facilité qui amène dans le monde de la superficialité. Ne dit-il pas que « le grain de blé meurt avant de porter son fruit ». La foi est d’abord un enracinement et c’est la profondeur des racines qui permet de résister aux tempêtes de la vie et de ne pas ployer sous le fardeau des fruits… ce qui fait dire à Jésus : « Va te montrer au prêtre et deviens témoin »… ce qui veut dire on langage contemporain :
1- Respecte les consignes de la religion et ne fais pas de moi une vedette qu’on oubliera quand les besoins de l’égo seront comblés.
2- Approfondis les réalités de la foi plutôt que de t’éparpiller l’esprit dans du spontané qui ne mène nulle part. « Ce qui flashe ne dure pas ».
« Deviens témoin » : vis tellement de ta foi de sorte que
seule ta présence humble et discrète soit un discours sur
Dieu. Deviens réconfortant pour ceux qui ont le coeur brisé,
pour ceux dont on parle avec mépris, pour ceux qui
cherchent le sens de leur vie. On n’est pas chrétien pour ce
qu’on reçoit du Christ, mais pour ce qu’on lui donne de
nous-mêmes.
Au nom de Jésus, donnons une raison de vivre à ceux qui n’en ont pas : voilà les lépreux du 21e siècle. Apprenons à ne jamais désespérer de l’humain en sachant comme une certitude que « Dieu peut toujours faire au-delà de tout ce qu’on peut imaginer » (Éph. 3 : 20)