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Réflexion sur l'évangile du 8e dimanche ordinaire, B

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Mc 2, 18 - 22

En ce temps-là, comme les disciples de Jean le Baptiste et les pharisiens jeûnaient, on vint demander à Jésus : « Pourquoi, alors que les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »
Jésus leur dit : « Les invités de la noce pourraient-ils jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, ce jour-là, ils jeûneront.
Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement le morceau neuf ajouté tire sur le vieux tissu et la déchirure s’agrandit. Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres.
À vin nouveau, outres neuves. »

8e dimanche ordinaire - B

photo de Gilles Baril


Donner de l'idéal a nos vies

 

Tous les gestes et les paroles de Jésus étaient scrutés à la loupe par les pharisiens, lesquels avaient le scandale facile et cherchaient régulièrement à le prendre en faute. D’ailleurs encore de nos jours on a tendance à surveiller, analyser, scruter à la loupe, et condamner les faits et gestes de l’Église et des gens engagés en Église. L’Église est vieille et parfois prise par la lourdeur de ses traditions, mais nous lui devons toute notre connaissance sur Dieu. Nous lui devons également beaucoup sur notre capacité de vivre en société sans le risque de s’entretuer toutes les 48 heures.

fleursQuelqu’un disait un jour : « On ne peut pas vraiment comprendre quelqu’un si on n’a pas vécu quelques jours dans ses souliers ». Un regard sur le vécu intérieur de l’autre nous aide à mieux saisir ce qui est à la source de son agir. Une fille demande à sa mère : « Pourquoi tu coupes toujours le haut des rôtis quand tu les mets au four? » La mère répond : « Parce que ma mère faisait ça ». Pourquoi? La mère demande à sa mère : « Parce que mon chaudron n’était pas assez grand. »

Pourquoi pose-t-on tel geste? Toute religion comporte ses rites et ses coutumes. Mais il y a un risque avec le temps de donner plus d’importance au contenant qu’au contenu. C’est ainsi que Jésus veut nous libérer de ce qui étouffe l’Esprit. Il enseigne que la vie est en avant de nous et que l’essentiel n’est pas de répéter de façon servile ce qui s’est toujours fait sans jamais ne rien remettre en questions.

L’histoire est importante : pas pour la répéter, mais pour nous aider à saisir notre devenir. Le danger consiste souvent à idéaliser le passé et à en venir à désespérer sur le présent au point de ne plus percevoir des pistes d’avenir. Être créatif, inventif et ajuster le message de l’évangile au vécu contemporain comporte toujours des marges d’erreur. Mon professeur de morale à l’époque de ma formation disait : « Mieux vaut un serin qui chante et qui fausse parfois qu’un serin qui ne sait même pas qu’il peut chanter ».

Être chrétien, c’est donner de l’idéal à nos vies

Être chrétien, c’est donner de l’idéal à nos vies, c’est « mettre une âme » dans le quotidien. Je me permets de vous lire des extraits d’une très belle lettre à Diognète où l’auteur décrit la mission des chrétiens dans le monde. Même si cette lettre date de l’an 150 après Jésus-Christ, je crois qu’elle est encore d’actualité pour notre temps :

Lettre à Diognète
Les chrétiens dans le monde

Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence; ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire?

Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leurs vies sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute.

Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Les Juifs leur font la guerre comme à des étrangers, et les Grecs les persécutent; ceux qui les détestent ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité. En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans tous les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. L’âme habite dans le corps, et pourtant elle n’appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent dans le monde, mais n’appartiennent pas au monde. L’âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible; la chair déteste l’âme et lui fait la guerre, sans que celle-ci lui ait fait de tort, mais parce qu’elle l’empêche de jouir des plaisirs; de même, le monde déteste les chrétiens, sans que ceux-ci lui aient fait de tort, mais parce qu’ils s’opposent à ses plaisirs.

L’âme aime cette chair qui la déteste, ainsi que ses membres, comme les chrétiens aiment ceux qui les détestent. L’âme est enfermée dans le corps, mais c’est elle qui maintient le corps; et les chrétiens sont comme détenus dans la prison du monde, mais c’est eux qui maintiennent le monde. Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter.