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Réflexion sur l'évangile du 3e dimanche du Carême, B

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada

 


 

 

Jn 2, 13-25


La Pâque des Juifs était proche et Jésus monta à Jérusalem. Il trouva dans le Temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de colombes et les changeurs assis. Se faisant un fouet de cordes, il les chassa tous du Temple, et les brebis et les bœufs; il répandit la monnaie des changeurs et renversa leurs tables, et aux vendeurs de colombes il dit: «Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce.» Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : «Le zèle pour ta maison me dévorera.» Alors les Juifs prirent la parole et lui dirent: «Quel signe nous montres-tu pour agir ainsi?» Jésus leur répondit: «Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai.» Les Juifs lui dirent alors: «Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèveras?» Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. Aussi, quand il fut relevé d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture et à la parole qu’il avait dite. Comme il était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il faisait. Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme: car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme.

 

3e dimanche du Carême - B

photo de Gilles Baril


Tu es le temple de Dieu

 

Le temple de Jérusalem est pour le peuple juif la maison réelle de Dieu sur terre. Dieu vit dans le sanctuaire, qu’on appelle le Saint des Saints, et personne ne pénètre en ces lieux sinon le grand prêtre qui va y déposer de l’encens une fois par année (d’où Zacharie sortira muet en apprenant la naissance de son fils Jean-Baptiste).

La Loi du Seigneur est en notre faveur et non contre nous. Elle ne veut pas limiter notre liberté mais lui permettre de s’épanouir.

Le sanctuaire est fermé par un grand rideau (lequel se déchire en deux du haut jusqu’en bas à la mort du Christ en croix) devant lequel se trouvent les autels où les prêtres sacrifient des animaux à Dieu. Tout bon juif vient au temple au moins une fois par année pour prier Dieu et offrir un sacrifice. On vient vers Dieu pour demander une faveur, pour expier une faute ou simplement pour louer sa grandeur et lui rendre grâce.

Comme il n’est pas pratique d’amener son animal à immoler à partir de la maison, le temple offre par les commerçants de Jérusalem, la possibilité aux pèlerins de s’acheter une brebis, une tourterelle ou une colombe à la proximité du temple. La concurrence étant à l’époque ce qu’elle est encore aujourd’hui, les vendeurs se sont installés le plus près possible du temple puis sont entrés dans le temple sans trop le réaliser. Et voilà que Jésus, au nom du respect dû à ce lieu, chasse les vendeurs du temple.

Plus profond qu’une simple colère, il faut voir dans cet événement un appel au respect de nos églises qui demeurent un symbole important pour témoigner au coeur de la cité de la présence d’un peuple de croyants. L’église est aussi le lieu de rassemblement des chrétiens pour la prière.

Jésus chasse les vendeurs du templeJésus chasse les vendeurs du temple.

Jésus va plus loin dans ses affirmations en précisant que le vrai temple de Dieu, ce n’est pas d’abord cette magnifique bâtisse qui a suscité 46 ans de travaux, mais la vraie maison de Dieu sur terre, c’est le corps de chaque croyant qui puise en Dieu le courage nécessaire pour demeurer témoin d’un Dieu agissant au quotidien : « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai ».

Le vrai signe de Dieu au coeur de l’humanité, ce sont les chrétiens : en effet, dix églises de plus dans notre ville n’amèneraient pas plus de croyants sur les chemins de la foi. Dix églises de plus ne feraient que diviser davantage les fréquentants de nos célébrations tout en augmentant les frais déjà onéreux d’entretien de ces bâtiments. Par contre, trois ou quatre chrétiens convaincus de leur foi et engagés avec un feu sacré dans le coeur susciteraient des conversions extraordinaires chez les chercheurs de Dieu qui sont nombreux au milieu de nous. Leurs dynamismes réchaufferaient vite les coeurs tièdes et les esprits un peu endormis dans les mouvements du « laisser-faire »…

De quoi nous nourrissons notre intérieur?

Alors, la question de Jésus consiste à nous demander avec beaucoup d’honnêteté de quoi nous nourrissons notre intérieur? Notre coeur est-il une « maison de trafic »? Quels sont nos lectures, nos programmes de télévision, nos désirs secrets…? Le défi que le Christ nous propose est de contribuer à la dignité humaine de chaque personne en ayant même une préférence pour ceux qui en arrachent dans la vie (les pauvres, les isolés, les malades, les aînés et les jeunes). Pour demeurer sur les chemins de Dieu, il faut demeurer en solidarité avec d’autres. L’Église est dans son essence même une communauté de croyants.

Notons enfin à partir du texte biblique d’aujourd’hui que le problème réel de Jésus a toujours été au coeur de ses rencontres avec ceux qui étaient convaincus d’être des modèles de vertus pour les autres (les scribes et les pharisiens).

Demandons à Dieu de ne jamais devenir des gens parfaits à qui on ne peut rien reprocher, de demeurer malgré nos grandeurs et nos limites humaines d’une grande sérénité pour devenir sécurisant et réconfortant pour les chercheurs authentiques de Dieu autour de nous. Voilà l’invitation du Christ qui nous est adressée aujourd’hui pour bâtir son Église.

 

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Source des images: (1) Méditation, par Rembrandt, Musée du Louvre. (2) basilique Notre Dame du Port - Clermont-Ferrand