Imprimer Texte plus gros Texte plus petit

Formation > Étude de la Bible > Réflexion chrétienne en cours > Archives > Année B, 4e dimanche du Carême

Réflexion sur l'évangile du 4e dimanche du Carême, B

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Jn 3, 14-21

De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique: ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle.

Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Et le jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière: il ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne lui soient reprochées; mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses oeuvres soient reconnues comme des oeuvres de Dieu.

 

4e dimanche du Carême - B

photo de Gilles Baril


Témoigner de l'invisible

 


Dans une basilique en Turquie, là où a débuté la foi chrétienne chez les gens de la Diaspora (c’est en Turquie qu’on retrouve les villes de Corinthe et d’Éphèse) il y avait une icône exceptionnelle de Marie qui datait des premières années du christianisme. Lors de l’invasion musulmane dans le pays, devinant qu’on risquait de voir l’église devenir une mosquée, les chrétiens ont recouvert l’icône d’une mince couche de plâtre pour éviter que les Musulmans la détruisent. Puis les années passèrent.

Père-Fils-EspritQuand la basilique fut ré-ouverte au culte chrétien, les anciens se souvenaient de l’icône. Ils installèrent des lampions devant l’image sans toutefois enlever le plâtre par mesure de précaution. Les plus jeunes de la communauté trouvaient curieux qu’on allume des lampions face à un mur blanc jauni… puis habité par le désir de comprendre ce rituel des anciens, ils commencèrent à gratter le plâtre pour y découvrir la magnifique icône très bien conservée…

Pour comprendre, il faut retourner à la source. Pour y arriver, il faut écouter tous les récits et discerner l’essentiel. Imaginons qu’on décide de faire découvrir par quatre aveugles ce qu’est un éléphant. Le premier arrive vis-à-vis une patte puis il dit : « ça m’apparaît énorme, ça me fait penser à un poteau électrique qu’on trouve le long des chemins ». Le deuxième est petit de taille et il arrive sous le ventre : « c’est massif et très grand, il me semble que j’aurais pu me faire écraser comme si une maison m’était tombée sur le dos ». Le troisième arrive par en avant et il attrape la trompe : « c’est gros, c’est fait en longueur et ça me semble assez agile ». Le quatrième a peur des éléphants. Il arrive par en arrière et il attrape la queue : « on m’a fait peur pour rien. Un éléphant, c’est tout petit puis c’est d’une grande rapidité… »

Jésus-bergerNous qui avons déjà vu un éléphant, nous pouvons constater que chaque aveugle détient une partie de la vérité : ils pourraient se contredire, ridiculiser la définition des autres ou mettre leurs découvertes en commun. Ainsi en est-il pour nous face aux réalités du Royaume de Dieu : chacun détient à partir de ses expériences une partie de la définition de Dieu, et c’est en mettant notre vécu en commun qu’on réussira à mieux saisir qui est Dieu et par conséquent ce qu’il attend de nous.

Ce que les aveugles conservent dans leur mémoire, c’est la perception qu’ils ont ressentie en touchant l’éléphant et non la réalité de l’éléphant. Ainsi notre perception de Dieu est souvent limitée par nos vibrations intérieures à partir desquelles on se donne de l’importance : on a l’impression que Dieu a besoin de nous alors que Dieu possède déjà tout.

« Faire en sorte que chaque personne se sente connu et reconnu... »

Nous croyons que notre importance est liée à nos capacités personnelles ce qui amène sur des chemins de rivalité et d’égocentrisme qui nous mettent le coeur dans les ténèbres alors que notre relation à Dieu et aux autres devrait être uniquement inspiré par l’amour et la reconnaissance du coeur, ce qui nous met dans la Lumière : « Agir par amour et non pour se faire admirer ».

Vivre dans la Lumière : fuir le mal, faire le bien en demeurant conscient de cet incroyable amour de Dieu qui dépasse notre entendement tellement il est de l’ordre de la gratuité. Vivre dans les ténèbres : s’essouffler à vouloir tout gérer par nous-mêmes et à exercer un contrôle serré sur notre vie et celle des autres, ce qui amène jusqu’au désir parfois inconscient de vouloir contrôler Dieu.

Permettez-moi d’ajouter encore que le texte de l’évangile d’aujourd’hui nous présente deux petites phrases (verset 16 et 17) qui à mon point de vue résument toute la bible : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique, non pour nous juger, mais nous sauver afin que tous possèdent la vie éternelle. » La croix est le salut offert gratuitement par Dieu pour nous sauver de nos limites, nos échecs et nos pauvretés.