Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Lire le texte de la Passion
dans le Prions en Église
ou dans l'évangile de Marc

Tout le monde le trouvait beau, bon et fin. Partout où il
passait, il laissait des traces de bonté, de douceur et de
tendresse. Chaque fois qu’il parlait, il était loué, félicité et adulé. Il ne se faisait plus d’hommes comme lui : aimant et
aimé, écoutant et écouté, accueillant et accueilli.
Mais un jour, le vent tourna de bord. Il n’était pas tendre, il était faible! S’il aimait, c’était par intérêt personnel! Il parlait pour se faire dire qu’il était bon! Bref, ses belles manières et ses belles performances n’étaient là que pour maquiller son égoïsme et son ambition. Ce n’était qu’un vulgaire profiteur!
Cinq jours plus tard, on le rejetait, on le traînait en procès, on le pendait sur une croix : il était devenu un ennemi de la nation, un traître, un blasphémateur.
Nous connaissons tous ces revirements subits : sourires en face, mais coups de poignard dans le dos, succès hier et revers demain, grandeur et misère, amour et haine, honneur et mépris.
Jésus meurt en chacun de nous et par chacun de nous. Il a pris sur lui nos misères et nos souffrances, nos lumières et nos ombres, y compris nos péchés. Et sur l’arbre de la croix, condamné par tous, il ne condamnait personne… il se contentait de souffrir, de pardonner et d’aimer.
Pourquoi? Pourquoi tant de souffrance? Pourquoi si peu d’Amour? À quoi ça sert d’aimer? De rendre service? De donner sa vie? Mais, où donc est Dieu dans tout ça? Où estu Dieu quand j’en arrache avec ma vie? J’ai vu il y a quelques années une émission à la télévision qui rapportait le témoignage d’un père jésuite qui s’était donné comme mission de visiter différents lieux de la mort à travers le monde pour essayer de saisir un sens à ce qui semble humainement tout à fait incompréhensible.
Il racontait que rendu dans un camp de concentration où on tuait les Juifs durant la guerre de 1939-1945, il y avait écrit sur le mur d’un four crématoire en grosses lettres : « Mais où donc est Dieu? » puis en petites lettres en dessous, il était écrit : « La vraie question ne serait-elle pas : où donc est l’homme? »
Dieu se fait silence par respect de la liberté humaine… Dieu se fait silence et il souffre avec ceux qui en arrachent… Dieu se fait silence pour que nous, les humains, devenions Parole. Ne gaspillons pas les souffrances de l’humanité sans les offrir à Dieu. Voici une prière découverte dans le camp de Ravensbrück, où 92000 femmes et enfants sont morts. Elle était griffonnée sur du papier d’emballage près d’un enfant mort :
« Seigneur, ne te souviens pas seulement des souffrances qu’ils nous ont fait subir, mais aussi des fruits que nous avons portés grâce à ces souffrances : notre amitié, notre loyauté, notre humilité. Souviens-toi du courage, de la générosité, de la grandeur d’âme qui ont jailli de tout cela. Et quand viendra pour eux l’heure du Jugement, permets que tous ces fruits que nous avons portés leur soient comptés en pardon ».
Une telle prière ne peut venir de nos forces humaines. Pour toucher de tels coeurs, il faut une présence divine.
La croix (signe de haine, de la perte de toute dignité humaine, la mort de l’esclave) est devenue par le Christ le signe du salut offert gratuitement. Le Christ nous sauve de nos limites, de nos pauvretés et de nos échecs tout en nous invitant à faire plus de nos vies, ce qui ne veut pas dire faire jusqu’à l’épuisement physique, mais faire les mêmes choses avec plus d’amour dans le coeur.