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Réflexion sur l'évangile du Dimanche des Rameaux, B

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada

 


 

 

Jean 13, 1 - 15

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

Jeudi Saint - B

photo de Gilles Baril


Être au service les uns des autres

 

JésusUne légende raconte qu’un roi un peu fatigué de sa vie monotone et sans but dans un palais luxueux, mais sans saveur décida d’envoyer ses serviteurs à la recherche d’un homme heureux pour connaître son secret.

« Et s’il ne peut venir me rencontrer, apportez-moi sa chemise que je la porte : peut-être me portera-t-elle un peu plus de bonheur… »

Les serviteurs partirent aux quatre coins du Royaume et interrogèrent de nombreuses personnes : toujours la même réponse :

 « Non je ne suis pas heureux :
 - Je n’ai pas assez grand de terre pour nourrir ma famille
 - Je m’ennuie terriblement
 - Je ne suis pas bien dans ma peau… »

Riches et pauvres, hommes et femmes, adultes et enfants :
 personne ne semblait heureux.

Les serviteurs désespéraient lorsque soudain ils rencontrèrent un ermite qui ne possédait rien et ne se nourrissait de presque rien…
 « Es-tu heureux « ? » Oui!
 «Veux-tu venir rencontrer le roi pour lui expliquer la source de ton bonheur?
  Je ne peux pas, car j’ai fait la promesse de ne pas quitter mon ermitage!

« Alors donne ta chemise pour le roi »
un instant le sage fixa le visage de son interlocuteur de son regard transparent et profond.
Puis il dit avec un geste qui indiquait une évidence :

 « Je te donnerais volontiers ma chemise. Mais depuis longtemps je n’en ai plus ».

L’eucharistie n’est pas un sacrement pour les forts et les gens parfaits, mais pour ceux qui ont besoin de se sentir habité de l’intérieur pour témoigner de Dieu au sein de leurs dépassements quotidiens

Le secret de son bonheur : il avait tout sacrifié : ses biens, son temps et sa personne pour le bonheur des autres.

C’est là ce que nous rappelle le Christ en ce soir du jeudi saint.

« Si tu veux être heureux, oublie-toi, donne de ta personne, mets-toi au service de tes frères et soeurs ».

Mais cette vérité est oubliée aujourd’hui et elle est contraire au courant moderne de la psychologie.

C’est vrai qu’il n’est pas facile de s’oublier pour les autres : on ne peut y réussir seulement qu’à la condition que Jésus lui-même soit à la source de notre agir. Et pourtant c’est un besoin réel de nos jours de voir des hommes et des femmes qui s’engagent sur la route du bonheur à la suite du Christ : besoin réel au coeur de notre monde semé d’incertitudes, d’inconnus, d’illusions et d’illusoire.

Jamais les routes du Québec n’ont eu autant besoin de bons samaritains pour panser les blessures et conduire à l’auberge de la foi les blessés de notre société qui ont pris des chemins de violence, de drogue et de bonheur préfabriqués.

« Allez vivre et témoignez au sein des routes piégées de la misère humaine », nous dit le Christ.

Et en cela, notre milieu de vie épouse très bien le climat de la dernière cène : l’eucharistie n’est pas un sacrement pour les forts et les gens parfaits, mais pour ceux qui ont besoin de se sentir habité de l’intérieur pour témoigner de Dieu au sein de leurs dépassements quotidiens. Ce ne sont pas d’icônes qui suintent ou de statues qui pleurent dont notre monde a besoin, mais plutôt de chrétiens(nes) qui s’engagent au nom de leur foi; d’hommes et de femmes heureux qui ne craignent pas d’identifier le Christ comme source de leur bonheur.

En ce sens rappelons-nous la mission que le Christ nous confie ce soir : d’être au service les uns des autres, d’être convoqués et convoquants à sa table (personne parmi nous n’est propriétaire de l’eucharistie)

Les vertus à cultiver sont le courage (prière), l’audace (engagement), le bonheur (trouver son bonheur à rendre les autres heureux)

Un proverbe de Salomon dit :
« Si tu t’assieds à la table d’un grand, regarde bien les mets que te sont servis et prépare-toi à l’action, car tu sais que tu devras lui en offrir autant ».

Que nous offre le Christ? Sa vie, son corps et son sang.

Qu’est-ce que regarder les mets servis? Prendre conscience de son Amour gratuit et en rendre grâce.

Qu’est-ce que se préparer à l’action pour en offrir autant? Donner sa vie par amour dans le service de nos frères et soeurs.