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Réflexion sur l'évangile du 3e Dimanche de Pâques, B

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada

 


 

 

Luc 24, 35-48

Les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment ils avaient reconnu le Seigneur quand il avait rompu le pain.

Comme ils en parlaient encore, lui-même était là au milieu d’eux, et il leur dit: «La paix soit avec vous.» Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit: «Pourquoi êtes-vous bouleversés? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous? Voyez mes mains et mes pieds: c’est bien moi! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai.»

Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit: «Avez-vous ici quelque chose à manger?» Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé. Il le prit, et le mangea devant eux. Puis il déclara: «Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous: Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes."

Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures. Il conclut: «C’est bien ce qui était annoncé par l’Écriture: les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins.»

 

3e Dimanche de Pâques - B

photo de Gilles Baril


L’intelligence des écritures

 

Dans un groupe d’amis, qui discutent entre eux, un athée se lève et commence à argumenter contre Dieu et la stupidité de la foi : il s’efforce de démontrer qu’il n’y a pas de monde spirituel, ni Dieu, ni Christ, ni d’au-delà et que l’homme n’est que matière sans âme. Seule la matière existe, répète-til : nous ne sommes que matière. Un ami (chrétien convaincu) se lève; il saisit sa chaise, la lève et la jette à terre. Il reste immobile un moment à la regarder. Après quoi, il gifle son ami athée. Ce dernier se choque et le visage rouge d’indignation, il lui hurle des obscénités, et finit par lui demander : « Pourquoi m’as-tu frappé? » Et l’autre de répondre : tu viens de nous prouver que ta théorie est fausse. Tu disais que nous ne sommes que matière. J’ai pris une chaise, je l’ai jeté par terre elle n’a pas réagi : elle est matière, et la matière ne se choque pas. Mais toi, tu as réagi : tu viens donc de nous prouver que tu es un être spirituel…

Un être spirituel : c’est un être créé pour aimer et être aimé, pour produire, pour comprendre; un être intelligent, capable de penser, raisonner, construire… capable d’espérer et de croire à l’impossible.

Dieu nous a voulu « être spirituel », c’est pourquoi il prend un corps d’homme pour nous sauver. Et comme Dieu dépasse notre entendement, il prend l’initiative de venir personnellement nous recentrer sur lui par la présence insoupçonnée du Ressuscité. Mais notre rencontre avec le Christ ne se prévoit pas : il ne prend pas de rendez-vous. Il se manifeste dans un événement, dans une épreuve ou dans chacun de nos engagements au service du prochain. La personne passive qui ne s’engage jamais ou qui attend tout des autres sans jamais se donner ne fera probablement jamais l’expérience réelle de Dieu.

lecture de la bibleVivre la présence de Dieu, c’est vouloir libérer nos sources intérieures et non pas abaisser Dieu à notre diapason : voilà le vécu des apôtres après la résurrection : forte est leur tentation de retourner à leur Galilée de jadis en se basant sur leurs sécurités du passé plutôt que de chercher Dieu dans le présent.

Dieu ne se laisse pas enfermer dans nos habitudes, nos lois, nos traditions ou nos institutions. Il se retrouve au coeur de nos risques et de nos dépassements. Une fort belle expression traduit ce que je vous décris dans l.’évangile d’aujourd’hui : « Il ouvre l’esprit à l’intelligence des Écritures ».

L’intelligence fait appel à notre capacité de réfléchir, de discerner, de comprendre : voir ce que l’oeil ne peut pas voir, écouter ce que l’oreille n’entend pas, lire le non verbal dans l’agir, saisir comme dit le petit prince que « l’essentiel est invisible pour les yeux ». Tout ceci concerne l’être spirituel que nous sommes : plonger dans la connaissance de Dieu, c’est pénétrer dans son mystère de Ressuscité. Le mot mystère est un mot grec qui veut dire : être saisi, être sans mots, devenir muet tellement ce qu’on vit nous dépasse et nous émerveille.

Trois manières de témoigner de la sagesse :
• L’aveu de nos limites personnelles
• L’action de grâce pour ce que nous recevons des autres
• Une parole édifiante pour ceux qui nous écoutent

Permettez-moi un exemple vécu récemment : une bonne mère de famille est engagée pour travailler en pastorale. Son fils de 17 ans lui dit : « Même si tu travailles en pastorale, je me dois d’être honnête et de te dire que je ne crois pas en Dieu ». En même temps, elle est interpellée par le fait qu’après une chicane avec sa soeur, elle a coupé tous les liens avec elle depuis dix ans. « Comment puis-je servir Dieu et ne pas être en paix avec ma soeur? se dit-elle. Elle finit par l’appeler et se réconcilier… Peu de temps après, son fils lui dit : « Depuis que tu t’es réconcilié avec ta soeur, j’ai le goût de connaître Dieu et je commence à croire vraiment à Lui ».

Voilà comment Jésus ouvre notre esprit à l’intelligence des Écritures. Il nous fait prendre conscience que la foi est un mouvement de l’intelligence que se marie aux élans du coeur dans notre agir quotidien. Christ est ressuscité : à nous d’en être les témoins.