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Réflexion sur l'évangile du 5e Dimanche de Pâques, B

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Jean 15. 1-8

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples: «Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève; tout sarment qui donne du fruit, il le nettoie, pour qu’il en donne davantage.

«Mais vous, déjà vous voici nets et purifiés grâce à la parole que je vous ai dite: "Demeurez en moi, comme moi en vous." De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.

Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.

«Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu’on a jeté dehors, et qui se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.

Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit: ainsi, vous serez pour moi des disciples.»

 

5e Dimanche de Pâques - B

photo de Gilles Baril


Se laisser transformer par Dieu

 

fruitsUn fort merisier avait grandi tout près d’une table de bouleux. Du haut de ses grosses branches, il regardait avec envie ses voisins, une douzaine de bouleaux blancs. Il comparait entre autres le tronc de ces arbres qui sortait du sol, bien lisse, bien rond, bien propre. Lui, au contraire, avait de grosses racines qui se tordaient à fleur de terre et qui s’allongeaient tout autour de son pied. « Comme elles sont grises, revêches, mes racines, se disait-il, de quoi décourager tout jardinier qui aimerait venir y aménager un morceau de pelouse verte. Et nul ne peut m’approcher sans risquer de trébucher sur mes pieds encombrants ».

De fait, depuis longtemps, on avait négligé de nettoyer la base du merisier, de ramasser les feuilles mortes ou d’arracher les herbes folles qui s’étaient accumulées au travers de ce méli-mélo de tubercules qui formaient l’humble solage du grand arbre. « C’est dégoutant, quand on a un si beau feuillage, de tolérer des racines comme les miennes. De plus, c’est bien peu esthétique », soupirait notre merisier.

Un jour en plein été, il se dit : « Je m’en vais faire un grand ménage. Je vais me faire un tronc débarrassé de toutes ces bosses, bien régulier, "clean cut", comme on dit », il se fit apporter une scie à chaîne et commença l’opération. Les racines au ras du sol sautèrent les unes après les autres, jusqu’à ce que la base de l’arbre devienne libre de toute irrégularité. Le merisier cria alors au jardinier : « Tu peux étendre ta pelouse jusqu’à moi; je suis devenu un arbre comme les autres ». Pendant plusieurs semaines il resta le regard fixé sur sa base et il fit remarquer à ses voisins son beau tronc bien arrondi.

Vint l’hiver. Le merisier avait perdu ses feuilles plus tôt que d’habitude cette année-là. Il souffrit aussi davantage du froid, mais, se disait-il, les hivers sont si durs à notre époque. Il était devenu très frileux, lui qui comptait curieusement sur une écorce très épaisse, plus étanche que celle des autres arbres. Il résista très mal aux grands vents du nord.

Le printemps enfin arrivé, il prévoyait pouvoir encore une fois pomper du sol les sucs nécessaires à sa floraison. Il découvrit, anxieux, que très peu de sève montait jusqu’à ses rameaux clairsemés. Quelques-unes de ses branches maîtresses avaient séché. Quand vinrent les bourrasques d’avril qui font lever les dernières glaces, ses grands bras pourtant musclés cassèrent net. Le soleil de juillet acheva de le tuer. Sur son beau tronc, sculpture dérisoire, ne se dressaient plus que quelques chicots!

Le merisier vivait deux problèmes majeurs :

 1- Sa connaissance limitée de la réalité : il ignorait qu’il y avait d’autres sortes d’arbres que les bouleaux autour de lui. Il ignorait qu’il y avait d’autres merisiers dans son entourage

 2- Son besoin de se comparer aux autres qui était commandé par sa peur d’être mal aimé.

Dans un arbre, le plus important n’est pas le tronc ou l’écorce même si c’est ce qui attire notre première attention. L’essentiel, ce sont les racines qui font monter la sève pour nourrir l’arbre. D’autant plus qu’un arbre bien enraciné peut résister aux tempêtes qu’apporte la vie. Un arbre bien enraciné, un arbre bien nourri est un arbre en santé. Il porte du fruit. Et les fruits n’appartiennent pas à l’arbre qui les a produits. Ils sont là pour devenir une nourriture pour les autres.

 « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruits »

Peut-être y a-t-il des coupures ou de l’émondage à faire dans nos vies personnelles.

Pour donner beaucoup de fruits, il faut parfois être émondé. « Émonder » : Couper les branches inutiles pour redonner de la vigueur aux autres branches. Peut-être y a-t-il des coupures ou de l’émondage à faire dans nos vies personnelles : à chacun de faire son propre examen de conscience. Notons surtout que les autorités d’Israël ont décidé un certain vendredi de couper un arbre qui leur apparaissait de la mauvaise graine et qu’il en est ressorti une meilleure qualité de vie. Par la suite, ces mêmes autorités ont voulu éliminer les fruits de leur arbre jugé suspect. L’arbre est devenu forêt. Plus on coupait, plus la vie se multipliait.

Le fruit de la vigne est le raisin. Le raisin est une entité en soi, une nourriture fort recommandée pour une alimentation saine. Mais quand nous disons à quelqu’un qu’il est raisin, habituellement, ce n’est pas un compliment. Avec du raisin, nous faisons du vin. Le vin signifie la fête, le rassemblement, la joie du partage et du soutien mutuel. Jésus va plus loin : non seulement son premier miracle consiste à changer l’eau en vin aux noces de Cana et du vin de première qualité d’après les témoins de la scène, mais son dernier miracle fait en sorte que le vin devienne son sang donné pour la multitude. Revoilà, l’histoire de l’arbre qui devient forêt.

Dans la vie nous avons le choix : nous pouvons choisir de demeurer « raisin » ou de devenir « Sang du Christ », c'est-àdire nourriture de Dieu pour les autres. À chacun de nous de choisir. Pour discerner les différentes façons de « faire église », je vous propose cette belle parabole des fruits d’un maître spirituel contemporain (Jacques Loew)

Il y a les fruits sur leur arbre. Chacun d’entre eux reçoit sa part de soleil : « Chacun pour soi et Dieu pour tous », dit le proverbe. C’est la dispersion, sans unité. Déjà Jésus disait : « Si le grain (et le fruit) ne meurt, il reste seul. »

Il y a les fruits empilés dans une corbeille. Une corbeille de fruits, cela a une certaine beauté. Mais chaque fruit reste luimême, simplement juxtaposé aux autres. C’est la coexistence, plus ou moins pacifique, mais sans unité autre que le contenant.

Il y a les fruits que l’on a fait passer dans un mélangeur afin d’en extraire le jus. Ici, chaque fruit a perdu son identité propre. C’est l’unité totale, mais sans diversité. Tous s’offrent à tous, mais dans la dilution. Des êtres sont amalgamés – réunis —, mais ils y ont perdu leur personnalité.

Il y a enfin la salade de fruits. Cette fois, il y a en même temps coexistence et unité. Chacun reste lui-même, sans perdre sa personnalité, à une condition cependant : les fruits doivent accepter d’être coupés en morceaux, seuls les plus petits, c’està- dire ceux qui ont assez d’humilité, peuvent rester entiers. L’harmonie, l’odeur, le goût de l’ensemble viennent du mélange consenti.

Cette parabole peut nous aider à mieux comprendre la pensée de Jésus. Jésus en effet ne se contente pas de nous voir vivre ensemble, il veut nous voir vivre « un ». L’acceptation et la reconnaissance de la diversité ne suffisent pas. Il faut accepter d’être transformés par Lui pour être vraiment en Église.