Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Au temps de Pâques, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles: «Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

Une petite fille veut dessiner Dieu : elle demande une feuille blanche à sa mère et ses plus beaux crayons à colorier, car dit-elle : « je vais faire un dessin très important ». On lui a dit que Dieu est très beau. Après quelques essais, elle décide de ne pas faire son dessin parce que, dit-elle, « je ne ferais que l’abîmer ». Oui Dieu est un mystère et vouloir le définir, c’est risquer de l’abîmer.
Dieu-Trinité, c’est une grâce pour nous. Pour l’expliquer, je pars de la légende de Narcisse. Il s’agit d’un jeune homme totalement épris de sa propre beauté.
Il cherche partout son image, dans les miroirs de son palais ou dans les miroirs que forme l’eau des petits lacs. Il peut y retrouver cette beauté, jusqu’au jour où, passant au bord d’un étang et voyant se refléter dans l’eau son propre visage adoré, en voulant le rejoindre, il se précipite dans l’étang où il périt. Sur son corps, des narcisses se mirent à fleurir. Cette légende nous montre que l’Antiquité avait déjà compris la stérilité d’un amour qui se replie sur lui-même et d’un égoïsme qui s’idolâtre. Et voici que, pour nous rendre totalement libres de cet égoïsme, le Christ nous révèle la divine Trinité. Le grand trésor de l’Évangile. Le grand secret de l’amour. La découverte la plus merveilleuse qui soit.
Sachant que Dieu est unique, les croyants étaient tentés de penser qu’il était un être solitaire qui passait son éternité, si l’on peut parler ainsi, à se contempler lui-même, à se louer, à s’admirer, et à exiger de ses créatures qu’elles aussi le louent et l’admirent. Dans cette perspective, Dieu pouvait devenir un cauchemar; Dieu ne pouvait que devenir un Narcisse à une échelle infinie, un égoïsme qui s’idolâtre luimême.
Or voici que la révélation de La Trinité dissipe pour toujours ce cauchemar, en nous apprenant que la vie de Dieu est communion d’amour.
Et cette vie d’amour qui déborde se transmet jusqu’à nous. Dieu est amour et charité. On vit Dieu chaque fois qu’on pose des actes de charité. Dieu est pure générosité vécue en toute humilité. C’est ce que nous enseigne le Christ le soir du jeudi saint en lavant les pieds de ses disciples.
Rencontrer le Christ, ça nous change sans qu’on le réalise. Le disciple regarde son mentor et essaie de faire comme lui… ce qui provoque en nous l’engagement quand notre regard se porte sur le Christ. Dieu est là où la misère humaine devient une invitation à l’oubli de soi et au partage. Dieu est là où la gratuité du coeur est spontanée.
L’important n’est pas de toujours voir Dieu, mais de savoir
comme une certitude que Dieu nous voit et qu’il veille sur
notre bien-être. Je n’oublierai jamais le jour où arrivant chez
moi, j’ai découvert que la maison d’un voisin était la proie
des flammes. Le tragique de l’évènement était augmenté par
le fait qu’un enfant était prisonnier du feu au deuxième
étage. Et un miracle se produisit : l’enfant apparut en
pleurant dans une fenêtre du deuxième étage. Son père lui a
dit : « Saute ». Et le jeune de répondre : « Y a trop de fumée
je ne te vois pas et j’ai peur ». Son père lui a dit : « Que tu
ne me voies pas, ce n’est pas grave. Moi je te vois. Saute et
sois assuré que tu ne te feras aucun mal parce que je vais
t’attraper ».
Nous ne voyons peut-être pas Dieu tous les jours, mais lui nous voit. Sautons. Ne craignons pas de lui faire confiance.
Il nous exauce toujours au-delà de nos besoins et au-delà de nos espérances parce que, par définition, Dieu-Trinité est une source d’Amour et qui aime n’a qu’une seule préoccupation : le bonheur des êtres aimés. Attachons-nous à cette phrase de St-Paul qui dit que : « Dieu fait toujours pour nous au-delà de tout ce qu’on peut imaginer ». (Éph. 3 : 20)