Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent: «Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal?» II envoie deux disciples: «Allez à la ville; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le. Et là où il entrera, dites au propriétaire: <Le maître te fait dire: Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples?> Il vous montrera, à l’étage, une grande pièce toute prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs.» Les disciples partirent, allèrent en ville; tout se passa comme Jésus le leur avait dit; et ils préparèrent la Pâque.
Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit, et le leur donna, en disant: «Prenez, ceci est mon corps.» Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit: «Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude. Amen, je vous le dis: je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu.»
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.

Il y a quelques mois, le sacristain m’a raconté qu’il a eu la visite de deux gars qui voulaient lui donner 500 $ pour avoir cinq hosties consacrées en vue d’une messe noire. Il leur a vendu cinq hosties non consacrées. Le surlendemain, les deux gars sont venus et ils voulaient le tuer : « Tu nous as donné des hosties non consacrées et nous avons manqué notre cérémonie à cause de toi… » Surprenant, n’est-ce pas : le diable croit à la consécration du pain eucharistique : y croyons-nous nous-mêmes? Avons-nous au moins la foi du diable?
Croire, ce n’est pas simplement reconnaître que Dieu existe : le diable le croit lui aussi. Croire, c’est savoir que j’existe pour Dieu : que je suis important pour Dieu et que Dieu compte sur moi… notre foi n’est pas qu’un code de lois à suivre ni des dogmes appris par coeur. Croire consiste à s’attacher à la personne du Christ pour vivre dans l’oubli de nous-mêmes et le partage avec les gens dans le besoin (besoin financier, mais aussi besoin d’attention, besoin de nos talents, besoin de notre temps…)
L’eucharistie nous est offerte pour retrouver nos forces de dépassement en Dieu : l’eucharistie apaise des faims, mais elle en crée de nouvelles : faim de servir, faim de découvrir et développer nos talents, faim de créer des solidarités… Participer à l’eucharistie, c’est prendre conscience que si Jésus est le chemin vers Dieu, c’est d’abord parce qu’il est le chemin vers les humains.
Pourquoi le repas du Seigneur se vit-il avec le pain et le vin : parce que ces deux éléments sont accessibles pour tous. Je me souviens d’avoir reçu un pauvre en manque de nourriture. Je lui ai ouvert mon garde-manger. Comme il ne prenait pas de pain, je lui en ai offert. Il m’a répondu : « Vous savez monsieur le curé quand on n’a pas d’argent, le plus facile à se procurer pour calmer l’estomac qui crie famine, c’est du pain… »
Le vin chez nous a des couleurs de fête, mais en Israël où l’eau courante est une denrée rare, le plus facile et le moins dispendieux à se procurer pour apaiser la soif est le vin de table que se vend l’équivalent de 2,00 $ la bouteille alors que l’eau en bouteille se vend autour de 3,00 $ et le « Pepsi » peut coûter jusqu’à 5,00 $ la cannette.
Je me permets un autre fait qu’on m’a raconté : un père missionnaire vient d’ouvrir une nouvelle mission dans le Nord canadien. Une première réalité qu’il vit quand il est installé dans sa maison consiste à célébrer la messe et à se faire une réserve eucharistique pour adorer le Saint- Sacrement. Quelques semaines plus tard, un esquimau se présente chez lui et lui réclame de l’aide pour manger. Il lui raconte : « J’exerçais le métier de devin et de guérisseur, mais j’ai perdu mes pouvoirs quelques jours après votre arrivée. Il m’a fallu déménager à une vingtaine de kilomètres d’ici pour retrouver en partie mes pouvoirs. Je ne comprends pas ce qui m’a rendu impuissant sur ma terre natale… » Tout en conversant avec le sorcier, le père missionnaire finit par comprendre que ce dernier a perdu ses pouvoirs le jour et à l’heure où lui-même a célébré se première messe. L’eucharistie demeure une présence bienfaisante de Dieu d’un rayonnement imprévisible au-delà de notre compréhension.
Quand j’ai présidé ma première messe, j’avais peur de
manquer mon coup et que la consécration ne soit pas valide.
Je me suis consolé à l’idée que j’avais une trentaine de
prêtres autour de moi et finalement j’ai compris que ce ne
sont pas les prêtres qui font venir le Christ au milieu du
peuple rassemblé dans la foi, mais que c’est Dieu lui-même
qui se donne…
Il se donne généreusement pour nous combler au-delà de nos mérites et de nos besoins…
Nous nous retrouvons réunis : jeunes et vieux, de différents partis politiques, de différentes classes sociales. Il y a parmi nous des traditionalistes et des innovateurs, des saints et des pécheurs, des gens mariés et des célibataires. Mais tous, nous sommes frères et soeurs dans le Christ qui nous réuni autour de lui pour partager le pain de vie. Il se donne par pur élan de bonté.