Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie deux par deux. Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais, et il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n’est un bâton; de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture. «Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange.»
Il leur disait encore: «Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage.»
Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.

Un jeune garçon était assis avec son grand-père, à l’entrée de la ferme, sur le bord de la route. Une automobile arrive et s’arrête devant eux. Le conducteur demanda au grandpère la direction pour se rendre au prochain village. Avant de repartir, il demande :
- Dites-moi, monsieur, comment sont les gens ici.
- Pourquoi posez-vous cette question? répondit le grand-père.
- Je viens de quitter une ville où les gens étaient très
hautains et individualistes.
Je suis resté là plus d’un an
et je n’ai jamais senti que je faisais partie de la
communauté.
- J’ai l’impression que vous allez trouver les gens d’ici de
la même façon, reprit le grand-père.
Le petit garçon regarde son grand-père d’un air étonné, pendant que l’homme poursuivit sa route jusqu’au village. Quelques instants plus tard, une autre automobile s’arrête devant eux, et la conductrice demande la direction pour le même village. Elle aussi demande :
- Dites-moi, monsieur, comment sont les gens ici.
- Pourquoi posez-vous cette question? répondit le grandpère.
- Voyez-vous, j’emménage par ici après avoir vécu
plusieurs années dans l’une des plus belles villes du
pays. Les gens ont été tellement bons pour moi et
tellement amicaux.
- Eh bien, dit le grand-père, je suis certain que vous
trouverez les gens d’ici aussi accueillants.
La femme les salue et repart vers le village. Le petit garçon se tourna vers son grand-père et lui demande :
- Grand-papa, pourquoi as-tu donné à ces étrangers
deux réponses contraires à la même question?
Le
grand-père mit sa main sur l’épaule de son petit-fils et
lui dit : « Parce que c’est l’attitude d’une personne qui
détermine comment les autres vont l’accueillir. Les
gens sont pareils partout, peu importe où ils vivent.
Jésus envoie ses disciples deux par deux : il y a là sans doute
une norme de sécurité, mais j’aime à croire au mariage
« Prière et Action » qui doit conduire nos vies : la prière qui
nous invite à l’action et l’action qui ramène à la prière. Jésus
envoie ses disciples en les invitant à la simplicité et à la
gratuité, puis il leur dit : « Semez la paix, semez la paix ». Je
crois détecter dans ces consignes un appel non pas à
convertir les autres, mais à se convertir nous-mêmes.
Voici les consignes pour évangéliser de St-Benoît tel qu’il les a transmises à ses disciples suite à son expérience de vie monastique :
Le premier degré de la charité est d’accepter que mon frère ou ma soeur ou mon conjoint ait au moins un défaut.
Le deuxième degré de la charité est d’admettre que mon frère ou ma soeur ou mon conjoint ait au moins deux défauts.
Le troisième degré est d’accepter que, vu l’humain faiblesse, nous ayons au moins un défaut nous aussi.
Le quatrième degré est de supporter les critiques des nôtres et, malgré les exagérations, d’en tirer profit. Pour cela, il faut calmer son imagination, freiner les battements de son coeur, se taire.
Le cinquième degré est de reconnaître que notre frère ait au moins une qualité.
Le sixième degré est de reconnaître que notre frère ait au moins deux qualités.
Le septième degré consiste à essayer d’acquérir les qualités de nos frères.
Le huitième degré est d’essayer de découvrir le Christ dans les qualités de nos frères.
Le neuvième degré est de découvrir le Christ derrière les défauts, les péchés de nos frères.
Le dixième degré est de ne pas juger nos frères et donc de ne pas les démolir.
Le onzième degré est non seulement de ne pas leur nuire, mais de rechercher leur bien.
Le douzième degré est de pardonner aux autres, à ceux qui nous ont fait souffrir. Il faut aller jusque-là, car « soyez parfait, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48)
Il ne s’agit pas seulement de supporter les défauts des autres, de ne point s’étonner de leurs faiblesses, de s’édifier des actes de vertu qu’on leur voit pratiquer, mais de leur vouloir du bien, de promouvoir leur ascension, de leur faire plaisir dans les petites choses comme dans les grandes.
Notre vision du prochain doit être sans illusion et pleine d’amour.
Voilà ce qui résulte d’une vie menée en commun à la manière de saint Benoit. Une communauté est fondée sur le pardon mutuel et l’entraide fraternelle.