Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Jésus était passé de l’autre côté du lac de Tibériade (appelé aussi mer de Galilée). Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait en guérissant les malades. Jésus gagna la montagne, et là, il s’assit avec ses disciples. C’était un peu avant la Pâque, qui est la grande fête des Juifs.
Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe: «Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger?» Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car lui-même savait bien ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit: «Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain.»
Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit: «Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde!» Jésus dit: «Faites-les asseoir.» Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient. Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples: «Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne soit perdu.» Ils les ramassèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restaient des cinq pains d’orge après le repas.
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient: «C’est vraiment lui le grand Prophète, celui qui vient dans le monde.»
Mais Jésus savait qu’ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi; alors de nouveau il se retira, tout seul, dans la montagne.

Jésus vient de poser un geste d’éclat qui démontre sa
puissance de Fils de Dieu : il vient de nourrir cinq mille
personnes avec cinq pains et deux petits poissons. Personne
n’a accompli pareil geste avant ou après lui… sauf peut-être
un curé, selon les dires de mon père. Semblerait-il que dans
son sermon, il a parlé tout le temps de Jésus qui a nourri 5
personnes avec 5000 pains. Le dimanche suivant, il dit aux
paroissiens : « La semaine dernière, je me suis trompé, Jésus
a nourri non pas 5 personnes avec 5000 pains, mais bel et
bien 5000 personnes avec 5 pains » un paroissien lui a
répliqué : « Ce n’est pas compliqué, il y avait juste à prendre
les restes de la semaine précédente ».
Enfin, revenons au
récit de l’évangile : Jésus nourrit les coeurs en abondance
puis il constate que maintenant, ce sont les corps qui sont
affamés. Il fait appel au partage, mais les apôtres ne
trouvent que 5 pains et 2 poissons qu’un jeune garçon
donne de bon coeur parce que Jésus a besoin. Il ne partage
pas, il ne prête pas : il donne.
Il ne donne pas pour faire plaisir à Pierre, André ou Jean. Il
donne parce que Jésus a besoin et il donne avec joie et
enthousiasme. C’est ainsi qu’on ne s’engage pas pour faire
plaisir à telle personne ou parce que le curé est aimable : on
s’engage pour Dieu. Tous ceux qui s’engagent pour une
personne finissent toujours par être déçus. Car ils n’ont
jamais la reconnaissance à laquelle ils auraient droit… tous
ceux qui s’engagent pour Dieu deviennent toujours des
témoins des merveilles qui se vivent au quotidien.
Mais qu’est-ce que 5 pains et 2 poissons pour nourrir une foule? Que fait Jésus : il multiplie, il fait en sorte que tous mangent à leur faim et il en reste même douze paniers. Quand Dieu crée, il y a toujours abondance et le produit donné est de première qualité : pensons aux noces de Cana et à la pêche miraculeuse.
Si Jésus multiplie, c’est parce qu’au départ, il y a quelqu’un
qui donne ou qui se donne : encore aujourd’hui, nous
n’avons pas besoin d’une Église qui n’a rien à donner. Une
telle Église ne serait pas de Jésus-Christ. L’Église a toujours
quelque chose à offrir grâce à tous ces gens qui portent dans
leurs sacs des réserves d’amour et de don de soi. Nous
sommes invités à prendre conscience que nous pouvons tous
collaborer à nourrir les faims du monde en offrant l’amour
comme pain quotidien.
Dans la spiritualité biblique, les cinq pains du jeune homme sont l’équivalent des cinq pierres du jeune David pour affronter le géant Goliath; cinq pains ou cinq pierres pour vaincre l’ennemi en nous : la prière, la parole de Dieu, le pardon, l’eucharistie et les sacrifices quotidiens… ou encore cinq petits gestes vécus au quotidien : un sourire, un mot d’encouragement, une pensée vers le ciel au sujet de telle personne, poser un geste d’humilité ou d’entraide ou encore garder silence plutôt que se sembler se mettre en évidence ou plutôt que d’humilier une autre personne.
Ces cinq pains quotidiens produisent la joie, éliminent la désespérance et la crainte de ne pas être aimé tout en nous donnant la passion de la vérité vécue dans la charité.
Que notre prière d’aujourd’hui soit :
Reconnaissance à Dieu pour ceux qui se donnent à notre service. (en famille, en Église, en société) Ces gens ne sont pas parfaits : ils arrivent qu’ils se trompent et gaffent – ils ont besoin plus de notre compréhension que de nos critiques.
On reconnaît un chrétien à sa façon de parler des autres (apprendre à excuser au lieu d’accuser)
Que Dieu nous donne la force nécessaire d’être plus que de bon monde à qui on ne peut rien reprocher, mais qui ne fait rien pour le bonheur des autres.
« Une personne, une communauté qui cesse de prier, de vouloir de bien des autres cesse aussi de respirer et devient vite un cercueil ».
Que Dieu fasse de nous des passionnés de la Vie des multiplicateurs de Vie.