Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada
Jésus disait à la foule: «Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.»
Les Juifs discutaient entre eux : «Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?» Jésus leur dit alors : «Amen, amen, je vous le dis: si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi.
«Tel est le pain qui descend du ciel : il n’est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts; celui qui mange ce pain vivra éternellement.

Avec l’évangile d’aujourd’hui, on plonge dans l’essentiel de la mission du Christ : « Qui mange de ce pain vivra éternellement. Ce pain, c’est ma vie donnée pour que le monde ait la vie ». Mais, le monde étant ce qu’il est, on manque l’essentiel de cet évangile :
1- Parce qu’on est trop pressé pour obtenir des résultats.
2- Parce qu’on vise l’efficacité et la rentabilité.
3- Parce qu’on n’a pas le temps de s’arrêter pour réfléchir et discerner l’essentiel.
4- Parce qu’on a tendance à compliquer ce qui est simple au lieu de simplifier ce qui est compliqué.
5- Parce qu’on croit que faire l’oeuvre de Dieu consiste toujours à faire le plus compliqué.
Un bel exemple en ce sens est l’histoire biblique de Naaman, ce général d’armée devenu lépreux à qui le prophète Élisée ne demande que d’aller plonger sept fois de suite dans le fleuve du Jourdain. Il est insulté : c’est d’une simplicité ridicule. Il était pourtant disposé à faire l’impossible pour obtenir sa guérison. Il finit par faire ce qu’Élisée demande et il est guéri.
Permettez-moi un autre exemple : un couple qui reçoit des
enfants comme famille d’accueil se fait demander de
recevoir chez eux un garçon de sept ans qui est déjà passé
par sept résidences différentes depuis sa naissance. Ne se
sentant pas aimé, l’enfant est devenu agressif et chaque fois
qu’il se sent contrarié, il mord… ce qui finit par un rejet de
la part des gens bien intentionnés qui l’ont accueilli.
Le
couple accepte de relever le défi en se disant : « Il nous
faudra trouver le courage de se laisser mordre quelquefois
pour témoigner à ce jeune que nous l’aimons malgré ces
mauvais plis. « Et c’est ce qui arrive. À sa première et
deuxième contrariété, il mord. La mère réussit à contrôler
ces premiers réflexes et elle ne réagit pas… puis le jeune
s’aperçoit que sa méthode de défense ne fonctionne pas et il
commence à ouvrir son coeur… Aujourd’hui, il vit toujours
dans cette famille et il est devenu un jeune adulte équilibré.
L’enseignement de Jésus : s’arrêter, réfléchir, s’approfondir
pour simplifier et arriver à l’essentiel. Notons encore que
Jésus n’est pas venu éliminer la souffrance et le mal dans le
monde : il est venu leur donner un sens afin que nous
arrêtions de souffrir inutilement. Participer à l’eucharistie,
c’est une démarche personnelle vécue au sein de la
communauté pour servir la communauté. C’est se nourrir de
Dieu pour devenir une nourriture de Dieu par notre agir.
Je conclus avec un bel enseignement de François d’Assise qui répète avec des mots différents l’enseignement d’aujourd’hui :
François revient de Rome à Assise avec frère Léon. Il pleut. Il fait froid. Ils ont faim. François, concentré dans ses réflexions, dit à Léon : « Si les Franciscains parvenaient à faire tous les miracles nécessaires pour que personne ne souffre de quoi que ce soit sur terre, note Léon que ce ne serait pas là la joie parfaite. »
Un peu plus loin, François continue sa pensée : « Si les Franciscains apprenaient toutes les langues de la terre et qu’ils réussissaient à convertir toute l’humanité à la foi chrétienne, note Léon que ce ne serait pas là la joie parfaite. »
Après quelques réflexions de ce style, Léon demande à François : « Qu’est-ce que la joie parfaite? » Celui-ci de répondre : « Lorsque nous arriverons à Assise épuisés par la route, gelés, trempés, affamés et qu’on frappera à une porte pour demander la charité, si l’homme qui nous répond refuse de nous aider et qu’il nous abîme de reproches, c’est peut-être le début de la joie parfaite. »
La joie parfaite consiste à tout faire pour croire en chaque personne. C’est de ne jamais oublier que la personne vaut plus que les actes qu’elle commet surtout quand ces actes nous ont déçus. La joie parfaite, c’est espérer contre toute espérance. C’est savoir comme une certitude que le meilleur est toujours devant nous. Se nourrir de Dieu pour devenir nourriture de Dieu, c’est avancer un peu plus chaque jour sur les chemins de la joie parfaite.