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Réflexion sur l'évangile du 22e dimanche ordinaire, B

Par Gilles Baril, prêtre, animateur spirituel du Mouvement des Cursillos Francophones du Canada


 

 

Marc 7, 1- 23

Les pharisiens et quelques scribes étaient venus de Jérusalem. Ils se réunissent autour de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. — Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, fidèles à la tradition des anciens; et au retour du marché ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques: lavage de coupes, de cruches et de plats.

Alors les pharisiens et les scribes demandent à Jésus : «Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens? Ils prennent leur repas sans s’être lavé les mains.» Jésus leur répond : «Isaïe a fait une bonne prophétie sur vous, hypocrites, dans ce passage de l’Écriture : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi. Il est inutile, le culte qu’ils me rendent; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes.»

Puis Jésus appela de nouveau la foule : «Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur.»

Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : «C’est du dedans, du coeur de l’homme que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur.

22e dimanche ordinaire - B

photo de Gilles Baril


Honorer Dieu ou Aimer Dieu

À l’époque de Jésus, les scribes et les pharisiens ont créé un code de lois extraordinaires qu’il faut respecter point par point pour être sauvé. Il existe 613 obligations de choses à faire et 539 interdits. Par exemple, au retour du marché, il faut laver les plats et tous nos achats et il faut se laver les mains : non par principe d’hygiène, mais parce que ces plats ont peut-être été touchés par un non-juif. Ça sent le dédain des autres nationalités.

La loi écrase les gens et comme la loi est présentée comme inspirée par Dieu, les gens ont une vision d’un Dieu qui est un Être suprême exigeant qui nous écrase à la moindre faute. Jésus s’affronte à cette mentalité en présentant Dieu comme un Père qui nous aime et nous veut heureux en sa présence… ce qui vaudra sa perte, car les autorités religieuses de l’époque craignent que l’image d’un Dieu-Amour amène l’indifférence et l’anarchie dans le peuple. Le plus triste est que cette mentalité d’un Dieu-Sévère est encore la vision de bien des chrétiens contemporains.

coeurJésus dit aux pharisiens et aux scribes : « Vous voudriez que les autres se sentent coupables de la méchanceté dans le monde, mais c’est du coeur qu’elle sort… La restauration du monde et la disparition du mal commencent au-dedans de chacun de nous. C’est du dedans de chaque personne que sortent les pensées perverses. » St-Augustin ajoute : « Seule la conversion du coeur nous permet de porter des fruits ». C’est aussi du coeur que sortent les pensées d’espérance, la volonté du partage, le désir de fraternité et de solidarité.

«Ce peuple m’honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi

« Ce peuple m’honore des lèvres… »
Où est notre coeur en ce moment précis?
Ici à l’église ou dans un rêve de loterie à gagner, ou dans le souvenir enjolivé d’une soirée vécue dernièrement… Qu’est-ce qui importe : l’être ou le paraître. Le « paraître » ne mène nulle part tandis que l’être nous rend soucieux de comprendre l’autre de l’intérieur, ce qui élimine toute capacité de jugement sur l’autre.

Autrefois, on avait une ligne de conduite très précise à suivre : il existait même des catalogues de péchés. Aujourd’hui, il est plus difficile de tracer la route que de suivre béatement le courant. Par exemple, en carême, il était plus facile de se priver de dessert et de viande que d’essayer de corriger des mauvaises habitudes. Jésus nous enseigne que la seule ligne de conduite repose sur l’amour inconditionnel du prochain. Aimer l’autre et non s’aimer dans l’autre. Aimer en donnant toujours priorité aux personnes plutôt qu’au code de lois à suivre…

Jésus nous invite aujourd’hui à réfléchir sur nos pratiques religieuses et nos croyances. La source de notre action, affirme-t-il, se trouve au fond de notre coeur. Tout n’a pas la même importance dans la vie. Souvenez-vous de ce que Jésus disait au sujet de l’offrande à l’autel : «Si tu apportes ton offrande à l’autel et que là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse-là ton offrande. Va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens présenter ton offrande.» (Matthieu 5, 23-24) La réconciliation est plus importante que toutes les offrandes à l’autel.

Bon SamaritainNotre seul véritable pouvoir sur l’autre, c’est de les aimer. On ne peut pas changer une autre personne : c’est l’amour qui donne la force à chaque personne de se changer soimême. Profitons des prochains jours pour apprendre à aimer avec le coeur de Dieu : d’un amour gratuit, sincère et respectueux du vécu de celle ou celui qu’on aime; d’un amour compréhensif qui ne juge jamais; d’un amour qui donne l’audace des recommencements et des dépassements; d’un amour qui ne passera jamais à l’histoire, car il est au coeur de tous les défis du quotidien.

Ce peuple m’honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi.