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Réflexion chrétienne sur l'Évangile de dimanche prochain

Réflexion sur l'évangile dominical par le Père Yvon-Michel Allard, s.v.d., directeur du Centre biblique des Missionnaires du Verbe Divin, Granby, QC, Canada. Nous publions sa réflexion une semaine à l'avance pour aider ceux qui se préparent à témoigner sur cet évangile.




 



Lc 14, 1.7-14

Un jour de sabbat, Jésus était entré chez un chef des pharisiens pour y prendre son repas. 

Remarquant que les invités choisissaient les premières places, il leur dit cette parabole: «Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, car on peut avoir invité quelqu'un de plus important que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendrait te dire: <Cède-lui ta place>, et tu irais, plein de honte, prendre la dernière place. 

 «Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t'a invité, il te dira: <Mon ami, avance plus haut>, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi. Qui s'élève sera abaissé; qui s'abaisse sera élevé.» 

Jésus disait aussi à celui qui l'avait invité: «Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins; sinon, eux aussi t'inviteraient en retour, et la politesse te serait ren­due. «Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles; et tu seras heureux, parce qu'ils n'ont rien à te rendre: cela te sera rendu à la résurrection des justes.»

22e dimanche ordinaire - C

photo du Père Allard


"Voyant comment ils choisissaient les premières places, Jésus leur proposa cette parabole"

 

À trois reprises Luc indique que Jésus est invité à manger chez les pharisiens. L’invitation est faite habituellement un jour de Sabbat. Ce jour-là, le repas du midi a une importance particulière et succède immédiatement à l'office de la Synagogue. Il prend un caractère plus festif, et plus joyeux, que celui des jours de travail. 

Notre monde serait meilleur si, au lieu de lutter toute notre vie pour obtenir une première place bien éphémère, nous cherchions la place la plus utile pour le bien de tous. 

Au cours de la rencontre d’aujourd’hui, Luc souligne que tout le monde observe tout le monde : les invités observent Jésus pour voir ce qu’il va faire et ce qu’il va dire et Jésus observe le comportement des invités. Ces derniers sont en grande partie des scribes, des pharisiens et des légistes.  

Ces éminents représentants de la Loi défendaient leurs prérogatives et leurs privilèges en affirmant que cela répondait au désir du peuple. Ils disaient que les honneurs qu'on leur rendait dans les synagogues, dans les festins et sur les places publiques, n’étaient pas d'abord un hommage destiné à eux-mêmes mais à la Loi qu'ils incarnaient. 

Ce genre de discours, nous l’avons entendu autrefois dans la bouche d'éminents ecclésiastiques, justifiant ainsi les décorations colorées de leurs soutanes, les longues traînes de leur collerettes, les prie-Dieu en velours rouge, les places réservées dans les rencontres publiques, les titres ronflants, et les courbettes qu'on leur prodiguait. 

Jésus observe l'arrivée des invités. Ailleurs dans l’évangile, il avait critiqué certains scribes « qui se plaisaient à circuler en longues robes, qui aimaient recevoir les salutations sur les places publiques, occuper les premiers sièges dans les synagogues et les premiers divans dans les festins » (Luc 20, 46). Sans doute regarde-t-il d'un oeil amusé ceux qui vont maintenant prendre place aux endroits stratégiques. 

Dans toutes les sociétés, y compris la nôtre, on constate cette course aux premières places. Il y a, aujourd'hui, mille signes distinctifs, et pas seulement à table, pour se mettre en valeur : la tenue vestimentaire, certaines marques d’autos, les résidences de luxe, le snobisme de certains sujets de conversation tels les grands thèmes politiques, les sports d’élite, les voyages à travers le monde, les restaurants quatre étoiles, etc. 

serviceDans cette course aux postes de prestige, que ce soit sur le plan social, économique, culturel ou politique, trop souvent tous les coups sont permis, même s’il s’agit de salir la réputation de la concurrence et de démolir sa crédibilité. Ce qui compte, c’est d’obtenir le poste convoité, gagner ses élections, favoriser sa carrière et se tailler une place dans la classe dominante. 

C’est la logique de l’affirmation de soi et de l’égoïsme individuel et collectif. C’est la loi de la survie dans notre jungle humaine. 

À cette logique du monde de compétition effrénée, Jésus propose la logique du Royaume de Dieu. Il affirme que la recherche des premières places ne pourra jamais construire la société nouvelle voulu par Dieu. C’est ce qu’il enseigne à ses disciples tout au long de son ministère en Galilée et en Judée. 

Les disciples ont pris beaucoup de temps à comprendre l’enseignement de Jésus. Au moment du dernier repas d'adieu, le soir du jeudi saint, Luc nous dit qu’ils « en arrivèrent à se quereller pour savoir lequel d'entre eux était le plus grand ». Jésus reprit de nouveau ce thème important : « Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs. Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert… Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! » (Lc 22, 24-27). Le Christ se présente comme celui qui est au service des autres, comme celui qui est « doux et humble de coeur ».  

En observant les efforts des invités qui recherchent les premières places, Jésus saisit l’occasion pour indiquer la vraie grandeur de l’être humain. Il ne s’agit pas de choisir la dernière place pour être ensuite propulsé plus haut, mais de reconnaître nos limites et d’utiliser nos talents pour le bien des autres. 

Notre monde serait meilleur si, au lieu de lutter toute notre vie pour obtenir une première place bien éphémère, nous cherchions la place la plus utile pour le bien de tous. 

« Les rois des nations dominent sur elles... Mais pour vous, il n’en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert… Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert ! »