La foi en action > Sur les pas de saint Paul
Chronique hebdomadaire sur le cheminement de Paul de Tarse, de sa naissance à sa mort, par le Père Yvon-Michel Allard, s.v.d.
1- Saint Paul, l'Apôtre des nations
6- Le pharisien de culture hébraïque
7- Citoyen de la ville de Tarse
9- Meurtre au nom de la religion
11- Rupture dans la vie de Paul
12- Désert d'Arabie & fuite de Damas
13- Rencontre de Pierre à Jérusalem
15- Barnabé et Paul à Antioche
16- Salamine sur l'île de Chypre
17- Paphos
18- Sur les routes de l'empire
19. Pergé et Antioche de Pisidie
20. Méthode de travail de Paul
22. Derbé, Pergé ..Antioche de Syrie
26. La Phrygie et région des Galates
28. Les chrétiennes de Philippes

Biblia offre toute une série de numéros sur saint Paul. Il s’agit de l’une des meilleures revues bibliques actuellement.
Ce numéro 40 nous présente l’apôtre des nations. Plus tard, lorsque nous parlerons des lettres de Paul, je mentionnerai d’autres numéros de cette revue biblique.
Philippes était une ville d’anciens légionnaires rudes et fiers, et de femmes libres et indépendantes qui participaient ouvertement aux débats politiques, influençaient les élections annuelles des stratèges, et provoquaient des changements de gouvernements. Ces femmes, converties au christianisme, exerceront une grande influence dans l’Église naissante. Paul trouvera parmi elles ses premières et ses plus chères collaboratrices. La ville de Philippes promettait de devenir un champ d'apostolat fécond dans toute la région de Macédoine.

Luc qui était arrivé à Philippes avec Paul écrit dans les Actes des Apôtres : «De Néapolis, nous gagnâmes Philippes, cité de premier rang de ce district de Macédoine et colonie romaine. Nous passâmes quelques jours dans cette ville, puis, le jour du sabbat, nous nous rendîmes en dehors de la porte de la ville, sur les bords de la rivière, où nous pensions qu'il y avait un lieu de prière. Nous étant assis, nous adressâmes la parole aux femmes qui s'étaient réunies. L'une d'elles, nommée Lydie, nous écoutait; c'était une négociante en pourpre de la ville de Thyatire; elle adorait Dieu. Le Seigneur lui ouvrit le cœur, de sorte qu'elle s'attacha aux paroles de Paul. Après avoir été baptisée ainsi que les siens, elle nous fit cette prière : "Si vous me tenez pour une fidèle du Seigneur, venez demeurer dans ma maison." Et elle nous y contraignit.» (Actes 16, 11-15) Comme à son habitude, Luc résume et condense les événements, ne gardant que l’essentiel, tout en y ajoutant une note d’humour.

Lydie est «la première chrétienne européenne» dont on connaisse le nom. Elle reçoit l’Évangile avec enthousiasme et décide d’offrir l'hospitalité aux missionnaires. C'était une non-Juive originaire de Thyatire en Lydie, d’où son nom. Riche marchande, elle avait probablement continué le commerce de teintures de son mari, après la mort de ce dernier. La ville de Thyatire, était réputée pour son commerce de pourpre depuis les temps d'Homère (9e s. av. J.C.). Cette marchande illustre bien la condition des femmes indépendantes de la société gréco-romaine, commerçantes aisées, qui seront attirées par l’Évangile et son esprit d’ouverture à tous : hommes et femmes, riches et pauvres, esclaves et affranchis, citoyens romains et non citoyens, Grecs et Barbares, Juifs et non Juifs... La capacité de Lydie de prendre des décisions est manifeste dans le texte de Luc : après le baptême, elle «contraint» le groupe à demeurer chez elle.
Paul accepte avec joie cette généreuse hospitalité et Lydie devient l’un des piliers de l'Église de Philippes, une mère pour l'apôtre et pour ses compagnons et une excellente organisatrice pour la jeune communauté. Paul écrira plus tard : «Vous le savez vous-mêmes, Philippiens : dans les débuts de l’Évangile, quand je quittai la Macédoine, aucune Église ne m’assista par mode de contributions pécuniaires; vous fûtes les seuls, vous qui, dès mon séjour à Thessalonique, m’avez envoyé, et par deux fois, ce dont j’avais besoin.» (Philippiens. 4, 15-16). Il est fort probable que ces dons aient été envoyés par l’entremise de Lydie elle-même. Cette admission de la part de Paul est d’autant plus révélatrice qu’il n’accepta d’aide financière d’aucune autre communauté chrétienne. Il a toujours insisté pour gagner sa vie grâce à son travail quotidien. La prédication de la parole de Dieu devait être gratuite!
Dans son texte au sujet de la ville de Philippes, Luc mentionne aussi Évodie et Syntyché, qui ont des difficultés à s’entendre et que l'Apôtre invitera cordialement à avoir des meilleures relations : «J’exhorte Évodie comme j’exhorte Syntyché, à vivre en bonne intelligence dans le Seigneur.» (Philippiens 4, 2)
De même que Jésus au puits de Jacob, en Samarie, initia d'abord une femme au mystère du royaume de Dieu, Paul en pénétrant en «Europe», prêcha d’abord l'Évangile à des femmes, «au bord de la rivière» près de Philippes. (Voir Réflexion chrétienne du 3e dimanche de Carême : La Samaritaine trouve enfin l’homme de sa vie).
Comme nous le voyons dans les épitres et dans les Actes des Apôtres, Paul avait une profonde compréhension de la psychologie féminine. Contrairement aux gens de son temps, il montra toujours beaucoup de respect pour les femmes qu’il rencontrait, telles Lydie, la marchande entreprenante, et Prisca, celle qui a introduit le savant Apollos à l’essentiel du christianisme. Dans toutes ses lettres, Paul transmet des salutations et des louanges aux femmes qu’il connait et qui accompagnent son travail missionnaire. Il souligne les services rendus par Chloé à Corinthe. Il fait confiance à Phébée dans le port de Cenchrées, elle qui deviendra la diaconesse de son Église et à qui il confiera sa lettre aux Romains. Il remercie la mère de Rufus qui a eu pour lui des égards maternels. Quand il écrit au riche Philémon, il n'oublie pas de saluer sa femme Appia. Il montre son admiration pour les filles de Philippe à Césarée, qui sont douées de charismes prophétiques. Il encourage les veuves courageuses, qui pratiquent les oeuvres de charité. Paul était beaucoup plus ouvert et beaucoup plus sympathique envers les femmes que la grande majorité des hommes de son temps.
Le grand amour de Paul pour les Philippiens sera le thème principal de l'Epître qu'il leur adressera. Cette lettre évoque les liens de tendresse qui le rattachent aux chrétiens et aux chrétiennes de cette ville : «Je rends grâce à mon Dieu chaque fois que j'évoque votre souvenir : toujours, en chaque prière pour vous tous, c'est avec joie que je prie, à cause de la part que vous prenez avec nous à l'Évangile depuis le premier jour jusqu'à maintenant.» (Philipiens 1, 3-5)
Dans ses lettres et dans ses visites aux autres Églises, Paul ne cessera de donner en exemple les chrétiens et les chrétiennes de Philippes. Aucune Église ne devait lui être plus chère. Sur le continent européen, elle fut son premier amour, «sa joie et sa couronne» (Philippiens 4, 1). «Oui, Dieu m'en est témoin que je vous aime tous tendrement dans le coeur de Jésus Christ» (Philippiens 1, 8).
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La semaine prochaine : Flagellation à Philippes
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Source des images : (1) Prédications aux femmes de Philippes: One Year Bible Blog; (2) Lydia of Thyatira: Voices; (3) Icône de ste Lydie: OrthodoxWiki.


